Nouvelles 2014

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2014-12-01

Jacques Lacoursière : l’homme et la nature, d’hier à aujourd’hui

 

Cette fois, afin de rencontrer notre illustre invité, les CJN ont utilisé la machine à explorer le temps, pour se retrouver au XVIIIe siècle, au sein d’un marché public bien populaire. Historien et auteur réputé, M. Lacoursière invite aujourd’hui les membres des CJN et le grand public à une conférence qu’il donnera ce 8 novembre prochain, dans le cadre de nos Samedis Nature en famille. Un privilège pour nous tous.

 

André Cyr : M. Lacoursière, merci de rencontrer les CJN. Pouvez-vous nous donner les grandes lignes de ce dont vous parlerez lors de votre conférence?

 

Jacques Lacoursière : Pour moi, le premier point important, est de rattacher les CJN à l’abbé Léon Provencher, qui a vécu à Cap-Rouge. L’abbé est un personnage extrêmement important, parce qu’il annonce la carrière de Marie Victorin, la naissance du Jardin botanique et celle des CJN. Parce qu’il est celui qui, dans l’histoire du Québec, a été l’un des premiers à s’intéresser à la nature, de façon globale. La nature qui concerne non seulement les plantes ou les animaux, mais aussi la nature en tant que telle. Il a alors publié une revue qui s’intitulait Le Naturaliste. Marie Victorin est peut être à l’origine du Jardin botanique, mais d’autres personnes y sont reliées : rappelons-nous que cela se déroule à l’époque de Maurice Duplessis et de Camillien Houde. Je poursuivrai ma conférence en parlant de l’importance de la nature dans l’histoire du Québec, de Samuel de Champlain à aujourd’hui.

 

A. C. : Parlez-nous de votre connaissance des CJN, des expériences que vous avez vécues?

 

J. L. : J’ai fait partie des Cercles des Jeunes Naturalistes au séminaire de Trois-Rivières, j’avais alors 13, 14 ans. À cette époque-là, quelques prêtres s’intéressaient énormément aux oiseaux, aux plantes. On leur demandait de nous initier à la connaissance des plantes et des animaux. Plus tard, j’ai beaucoup fréquenté monseigneur Albert Tessier, qui vivait en pleine nature. Dans ce temps-là, la nature et les lacs revêtaient une grande importance. J’ai ensuite fait des études en droit qui m’ont un peu éloigné de la nature. Mais dans les années 1963-1966, j’ai repris contact avec elle, et pour moi, c’est devenu quelque chose d’extrêmement précieux. Parce qu’on a beau vivre en ville, la nature conserve quand même ses moments d’importance; on vit toujours avec elle, sur la planète...

 

A. C. : Quand on écoute votre documentaire Épopée en Amérique, on découvre que le citoyen des débuts de la colonisation au Québec étudiait la nature, devait la comprendre pour bâtir ses maisons, savoir s’habiller, bien pêcher et chasser, vivre et transmettre son savoir à ses enfants. Considérez-vous que le rapport du Québécois avec la nature a bien évolué, au fil des siècles, de notre histoire?

 

J. L. : Le rapport de l’enfant, de l’homme ou de la femme avec la nature est en continuité avec le XVIIe siècle. À cette époque-là, il fallait maitriser la nature. En tant qu’habitants, il fallait faire en sorte que les saisons ne nous touchent pas trop. Puisqu’elle était omniprésente, il fallait qu’on soit capables de s’adapter à la nature et de la contrôler. On a l’impression d’être capable de deviner quel temps il fera ou de saisir l’importance des saisons. Oui, je crois que l’homme a su la maîtriser, même si de nos jours elle connait des soubresauts extrêmement marquants. Peut-être possède-t-on aujourd’hui des armes qui nous permettent de mieux contrôler la nature, mais celle-ci garde quand même toute sa puissance. (à suivre)...

 

Pour lire l'entrevue au complet, demandez une copie de notre revue d'automne,

ou abonnez-vous, en composant le  514-252-3023

 

 

 

 

Épopée en Amérique, en vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=Ydy0YqH6l8A

 

2014-12-01
"Samedis Nature en famille", nouvelle programmation 2015

A voir, en 2015 !

   21 février 2015, 13h30Le Mystère des 12 reptiles. Animé par Magazoo.

 

   21 mars 2015, 13h30 - Cabane à sucre en ville, avec le Capitaine Sirop.

 

   11 avril 2015, 13h30 Mini Pousse et le merveilleux Cycle des Plantes.

 

    2 mai 2015, 13h30 Chasse aux insectes, bon appétit !  

   

   23 mai 2015 - Voyage dans les entrailles de la Terre. Visite de la caverne St-Léonard, au Parc Pie-XII.

 

* Notez que des modifications peuvent être apportées aux activités sans préavis.

Les enfants doivent être accompagnés d’un adulte pour participer à ces activités. 

 

2014-12-01
La Carte CJN, beaucoup d'avantages pour vous!

  

Aidez les CJN:  

  les CJN vous demandent votre participation :

   aidez-nous à nous faire connaitre en partageant notre lien internet  

  avec 10 de vos contacts : http://www.jeunesnaturalistes.org/ 

 Merci à vous !

 

 

2014-11-30

A.C. : Vous n’êtes pas seule, car vous êtes accompagnée de Papy, une tortue bien charmante!

 

A.T. : Papy est une tortue avec laquelle je travaille en zoothérapie et que j’amène dans les divers événements auxquels je participe, parce qu’elle n’est ni peureuse ni farouche. En même temps, c’est une tortue terrestre, ce qui est intéressant : ce que les gens connaissent des tortues, ce sont les tortues aquatiques qu’on voit dans les animaleries, les tortues à oreilles rouges. En la voyant, ils vont me demander : « Vous ne la mettez pas dans l’eau? » Non, c’est une tortue terrestre, elle n’a pas besoin de vivre dans l’eau. Elle en boit comme nous, mais ça s’arrête là. Papy est une tortue grecque et désertique, qui vit très longtemps. Elle, peut vivre jusqu’à 60 ans. Aujourd’hui, Papy a 10 ans, c’est une tortue jeune et végétarienne qui aime surtout la laitue et les légumes.

 (note André : je vois que Papy est aussi sportive, car elle marche beaucoup et avance rapidement !)

 

A.C. : Quand donc sont apparues les tortues sur Terre?

 

A.T. : Elles sont arrivées il y a 200 millions d’années, à l’ère des dinosaures. C’étaient des tortues assez énormes, titanesques, qui ressemblaient à la tortue serpentine d’aujourd’hui, un descendant direct sur lequel on peut encore voir des signes de cette ère-là. Les tortues sont très vieilles, elles ont survécu à toutes les périodes. Elles se retrouvent fragilisées aujourd’hui à cause de l’environnement et de la pollution.

 

A.C. : Où pouvons-nous croiser Papy, votre tortue?

 

A.T. : On peut voit Papy sur la page Facebook de La Tortue Volante ou venir le saluer au Regroupement Loisirs Québec, il vous suffit de me téléphoner. Je fais également de la zoothérapie avec lui, tous les jeudis.(à suivre)

 

Lisez la suite de notre entrevue dans notre revue Les Naturalistes,

édition automne 2014. Pour abonnement ou affiliation : 514- 252-3023

  

Liens utiles : www.facebook.com/pages/La-Tortue-Volante/449914285044344

 

 

 

 

 

 

 

2014-08-15
Les CJN en entrevue radio AVEC diaporama!

 Découvrez ce que sont les CJN, racontés et expliqués par André Cyr,

en entrevue à Radio Ville-Marie, en cet été 2014.

Copiez et collez : https://www.youtube.com/watch?v=LiGi1B0bYtc

et pour voir tous nos vidéos CJN :

https://www.youtube.com/playlist?list=PLQLirl8EjHjsGVmSarRbBYJLGYfk9dbOF 

 

 

2014-08-13

                      Vous pouvez maintenant vous procurer notre revue Les Naturalistes

à la boutique de l'Écomuseum

voir sur : www.zooecomuseum.ca/

(vous connaissez un musée, un dépanneur ou une librairie,

qui pourrait afficher notre revue ? Contactez-nous !)

 

 

 

 

 

 

 

 

2014-08-13

 Voyez ici meme notre vidéo des CJN, spécial 70e anniversaire !

https://www.youtube.com/watch?v=5zlQt9HV09U

 

2014-08-07

Frédéric Back, dans les pas de l’Homme qui plantait des arbres  

(suite)

Vous avez visité les Mosaicultures 2013, tenues au Jardin botanique de Montréal, quelles sont vos impressions?

J’ai eu le grand honneur de participer à l’inauguration des Mosaicultures. J’ai été ébloui par le travail monumental qui a été accompli. Je n’ai qu’une hâte, c’est d’y retourner pour voir l’évolution de cette végétation qui à ce moment-là venait juste d’être mise en place et qui certainement, tout au cours de la saison, se modifie, se colore, s’illumine de toutes sortes de trouvailles que les arboriculteurs, les horticulteurs et Lise Cormier (directrice générale des MIM) ont imaginé et inventé pour rendre cette exposition intéressante et évolutive. Une très bonne idée aussi, que d’inviter les gens à y revenir et de comparer ce qu’ils ont vu avec ce qu’ils redécouvrent lors de leur seconde visite.

 

 

500

 

L’une des oeuvres phare des MIM présentait « L’Homme qui plantait des Arbres », titre de votre court métrage primé dans plus de 40 festivals de films dans le monde. Comment vous a-t-on annoncé cet hommage ? Comment avez-vous vécu cette belle idée?

Au début, quand Lise Cormier est venue me voir en vue de l’exposition de Hamamatsu (au Japon, en 2009), pour me dire qu’elle avait choisi d’y produire « L’Homme qui plantait des Arbres », elle m’a alors montré sur image un large espace de travail que son équipe avait obtenu à Hamamatsu, qui correspondait vraiment bien avec le projet de mosaïculture qu’ils voulaient monter. Ici, en juxtaposant de nouveaux groupes d’arbres avec ceux qui étaient déjà plantés là, on réalisait une formidable illustration de l’évolution d’une plantation d’arbres, partant de petits plants jusqu’à devenir des arbres matures.

Aussi, l’idée d’ajouter des moutons, un chien et des chevaux, tout ça était pour moi une véritable découverte et en même temps un grand hommage à l’œuvre de Jean Giono qui a tant fait avec son beau texte pour promouvoir le reboisement dans le monde.

En 2010, l’œuvre est passée de Hamamatsu à Shanghai. Pour l’ouverture de l’exposition internationale, on a planté 20,000 arbres autour de l’Homme qui plantait des Arbres, on l’a ensuite transportée pour la 9eExposition internationale des Jardins de Beijing, qui se tenait cet été, en même temps que le MIM de Montréal. Le fait qu’on l’ait rebâtie ici est magnifique quand on considère la dimension monumentale de cette sculpture végétale. C’est un travail considérable qui a été chaque fois fourni pour l’assembler, la transporter, puis la remettre en état. Je suis tellement heureux que ce message, qui grâce au film avait fait le tour du monde, était déjà connu et apprécié partout dans tous les pays, trouve alors une illustration aussi belle, aussi imaginaire que la mosaïculture. Ça été une découverte pour moi et un grand plaisir, aussi. D’autant plus qu’il a obtenu le Grand prix à Hamamatsu, ce qui a encouragé toutes les utilisations faites par la suite de ce symbole maintenant devenu international.

 

AC : « L’Homme qui plantait des Arbres », a suscité partout sur la planète des mouvements

de citoyens et de naturalistes qui se sont mis à planter des arbres ou ont organisé diverses actions locales. Recevez-vous fréquemment des nouvelles de ces citoyens, de leurs projets ?

Oui, j’ai reçu des témoignages de personnes qui ont planté des arbres et de beaucoup de gens pour qui le film a été une sorte de révélation de ce qu’il pourraient bien faire dans leur vie. Beaucoup ont choisi leur profession après avoir vu « L’Homme qui plantait des Arbres » et ça, ça m’a vraiment touché. Ça a été utilisé partout pour démontrer ce qu’on parvient à faire par de petits gestes répétés avec persévérance. C’est ce qui m’a troublé d’ailleurs, quand j’ai lu le texte de Giono pour la première fois, tandis que j’avais déjà planté près de 30,000 arbres. Son texte m’a alors beaucoup ému mais je n’étais pas alors suffisamment expert en animation pour me lancer tout de suite...

À cette époque, j’étais en train de réaliser un film dans le cadre d’un échange international de films pour la Jeunesse. Mais je trouvais que les premiers films que j’avais alors produits étaient enfantins, je me disais « c’est absurde de faire des films qui racontent que de petites histoires, banales et fantaisistes ». Parce que l’intelligence des enfants n’a pas de limites et qu’en tout temps, même s’ils ne comprennent pas, il y a autour d’eux des parents pour les aider. Et s’ils revoient le film, deux trois ans plus tard, ils comprendront mieux le sens profond de cette histoire. C’est ce qui est arrivé, finalement. Parmi les enfants qui regardaient le film à la télévision, beaucoup d’entre eux interpellaient leurs parents à venir le voir, puis ceux-ci s’y sont intéressés, captivés.

Généralement, quand la télévision est allumée, elle peut fonctionner à longueur de jour. Ce qui était formidable, c’est que pour un grand nombre de gens, une fois qu’ils avaient vu le film jusqu’à la fin, ils fermaient la télévision …et se mettaient à converser ensemble, à parler du sens profond de cette histoire ! Le fait qu’on éteigne la télévision et que le film devienne un élément de communication entre les parents et les enfants, une joute d’explications d’entre eux, c’est quelque chose qui me touche beaucoup.

 

Dans l’exposition des MIM, on présentait également « L’Arbre au oiseaux », œuvre magis-trale qui représente 57 espèces d’oiseaux menacées et qui a bouleversé des milliers de visiteurs jusqu’ici. Avez-vous collaboré à la conception de cette mosaïculture ?

Non, je ne me suis pas mêlé de ça et ça n’est pas non plus de mon influence. Elle représente la variété des espèces d’oiseaux qui vont disparaître, qui sont des représentants depuis l’âge des dinosaures, ont évolué de façon si extraordinaire, avec leurs particularités pour se nourrir, pour survivre, se parer de couleurs et de façons de vivre tellement bien adaptées à tout ce qui existe dans le monde. Pour moi, c’est une œuvre magistrale, extrêmement importante, que cette invention de Lise Cormier et des gens qui sont à l’origine de ça, qui travaillent avec elle. Parce qu’au point de vue architecture, concept et réalisation, c’est un tour de force. Au moment de l’inauguration des MIM, ça venait tout juste d’être monté. Je suppose qu’avec le passage du temps, toutes les couleurs, toute la végétation qui a été appliquée sur chaque oiseau s’est développée pour lui donner encore plus d’intérêt. C’est certainement une œuvre qui bat avec le temps qui passe, ce qui la rend encore toujours plus splendide. Durant la visite des mosaïcultures, il y avait tant de créations à admirer, comme l’œuvre La Terre Mère. Quelle idée magnifique que cette main qui sort de l’eau et qui la déverse. L’eau qui est précieuse, tellement importante pour tout ce qui est vivant sur la terre. Chacune des œuvres exposées-là est rapporteuse d’un message et tout l’ensemble est une réussite extraordinaire.

 

M. Back, on se rappellera le mémorable court métrage « Crac » ainsi que « Le Fleuve aux grandes eaux ». Vous êtes membre fondateur de la "Société pour Vaincre la Pollutionet de la "Société Québécoise pour la Défense des Animaux", vous intervenez dans les écoles, illustrez des livres, créez des affiches et continuez de planter des arbres. Voyez-vous qu’autour de vous gravite une famille toujours plus grande, plus importante, de collaborateurs, d’intervenants ou de naturalistes et cela, chaque mois, chaque année qui passe ?

 

Bien, je ne suis plus jeune, j’ai eu 89 ans et je suis handicapé alors je suis un peu coupé de tous. Et je supporte mon épouse paralysée, en allant la voir tous les jours, à l’hôpital. J’ai bien hâte de l’amener, avec le transport adapté, à visiter cette exposition. J’ai eu la chance d’avoir une épouse tellement laborieuse et passionnée! On avait acheté une terre abandonnée dans les Laurentides qui avait été complètement déboisée(sur les bords de la Rivière Rouge, à Huberdeau) puis on a travaillé ensemble à cultiver des jardins. J’ai creusé un lac pour récupérer l’eau qui descendait de la montagne dans une petite source. Tous les oiseaux, les poules, les oies, les canards sauvages venaient là, je les nourrissais. Même des castors sont venus : eux ont fait beaucoup de dégâts, j’ai du m’en débarrasser. En fait, j’ai toujours été amoureux des animaux et de la nature puis en fin de compte, sur notre terre déboisée, on a planté en grande partie 150,000 arbres, dont 100,000 que j’ai planté moi-même. Avec l’aide de jeunes planteurs, on en a planté 50,000 autres. Ainsi, ce lieu qui était quasiment désert au départ, est devenu une forêt, que j’ai dédiée à Jean Giono. C’est formidable !

 

Tout comme l’a fait Elzéard Bouffier dans votre court-métrage, pareil ! 

Il ne s’agit pas seulement d’être théoricien, il faut être aussi mettre en pratique nos idées, pas seulement en parler, mais le « faire », aussi.

 

 

Vous êtes directeur artistique du site Internet Les Dessins d’une vie. Et les jeunes naturalistes peuvent également prendre des nouvelles via votre site « Agir Ensemble ». Parlez-nous de vos deux sites.

 

Les Dessins d’une vie est un site internet dans lequel on affiche 6000 dessins et peintures que j’ai créés. Pas vraiment des peintures, plutôt des études, parce qu’en fait je n’essayais pas d’interpréter, je cherchais à apprendre en peignant. Je pensais utiliser les dessins pour faire des compositions, des expositions, mais je n’ai pas eu assez de temps pour cela. J’ai monté très peu d’expositions : une en France, à Montréal, au Musée de la Nature, à Ottawa. Pour le site internet, j’ai surtout utilisé tout ce que j’avais appris, dans le cadre d’émissions de télévision. Au départ, à Radio-Canada, on n’avait pas de caméra d’animation et c’est seulement à partir de 1968 qu’on a pu en posséder une. Jusque-là, je présentais ça comme du bricolage, avec des moyens rudimentaires d’animation, je créais surtout beaucoup de dessins pour des émissions d’enfants : Maman FonfonLa Vie qui Bat. Je dessinais de mémoire tout ce que j’avais observé. Ça tournait toujours autour de l’intérêt et de la défense de la nature.

 

Agir Ensemble, c’était une façon de diffuser tout le travail empaqueté dans nos cartons, à la cave. On avait repeint l’appartement, à l’étage supérieur. Puis, mon épouse a eu une idée : « Maintenant qu’on a des murs en bon état, tu devrais sortir tes dessins puis les afficher sur les murs ». C’est là que nos enfants ont découvert la quantité de dessins : ils montaient des caisses et des caisses de dessins et de peinture de gouache et nous demandaient « Qu’est-ce qu’on fait avec ça ?» En effet, de quelle façon utiliser tout ça de manière intéressante ? On aurait pu faire un grand tas avec ça puis y mettre le feu, on aurait réussi à en être débarrassés! (rire)

 

Pas du tout, pas question, c’est trop précieux!

 

Suzel (sa fille) a rencontré une personne très compétente en technologie, Nathalie Simard. Elles ont décidé de rédiger un site web, puis ont obtenu des crédits pour le monter. Ça a pris presque six années pour le bâtir tellement il y avait d’informations, de tout ce qui pouvait intéresser les gens, y présentant des images, des dessins de paysages, d’animaux, de plantes, de films d’animation et tout le travail parallèle que j’ai produit pour la Société pour vaincre la pollution et pour la Société québécoise pour la défense des animaux. Énormément de travail bénévole, pas seulement des dessins mais également beaucoup de lettres que j’ai écrit à des organismes parce qu’il se produisait toutes sortes d’actions folles. Par exemple, ils répandaient des fénitrothions sur des forêts pour tuer les tordeuses d’épinette. Mais avec ça, ils tuaient aussi les chevreuils, les oiseaux, tous les poissons, toutes les grenouilles. Il n’y a plus de grenouilles au Québec, c’est effrayant.

 

À ce sujet : autrefois, à chaque printemps, on assistait à la migration des grenouilles. On habitait à Laval sur le boulevard Ste-Rose et au bout de notre terrain, il y avait une fosse là, toujours humide. On pouvait y trouver des grenouilles, des tortues, des couleuvres. Puis à un moment donné, survenait la migration : on voyait des millions de grenouilles qui sortaient de la rivière des Mille Îles, qui franchissaient le terrain et qui voulaient traverser le boulevard Ste-Rose. Mais là, les automobiles passaient et en écrasaient des quantités énormes. C’était quelque chose de fantastique, mais sinistre aussi, à cause du massacre alors commis. C’est un spectacle qui revenait chaque année et que vous ne voyez plus. Lors de la dernière migration de grenouilles dont j’ai pu être témoin, près de notre terrain dans les Laurentides, il n’y avait plus que 300, 400 grenouilles qui traversaient la route et c’est tout. À l’époque de Ste-Rose, c’était une armée de grenouilles qui en sortaient, qui donnaient vraiment la température de la qualité de vie qu’elles menaient au bord de la rivière des Mille Iles qui, à ce moment-là, ne subissaient pas les pollutions agricoles et les produits chimiques qu’on a déversés ensuite.

 

La grenouille a une peau extrêmement fragile et tout ce qui touche sa peau affecte son organisme. Avec toute la chimie qu’on y a mit, on a empoisonné cette vie qui était si prodigieuse. À ce sujet, l’excellent livre Le printemps silencieux de Rachel Carson était une révélation des dégâts qu’on a causés avec les produits chimiques dans les plantations. C’est un livre admirable publié il y a 50 ans, mais depuis ce temps, pourtant, on n’a pas fait de progrès au niveau de la consommation de produits chimiques. Ce qui fait que tant de gens sont cancéreux. Moi-même je suis cancéreux depuis 19 ans, enfin, je survis par miracle.

 

 

Avez-vous un message à transmettre à nos jeunes naturalistes, aujourd’hui passionnés de nature, de la faune à la flore ?

 

Je les trouve bien chanceux de faire partie de votre organisme, de s’instruire, d’être sensibilisés grâce à des gens comme vous et bien d’autres certainement, qui leur montrez à quel point nous sommes dans un monde ou la vie est un miracle. Se dire que notre propre vie, notre propre corps, s’il fonctionne, ça découle de centaines de miracles qui se produisent à chaque seconde pour qu’on reste vivants. En même temps, nous sommes tous fragiles et tout ce qui vit autour de nous est extrêmement fragile. Il faut tout tenter pour que la vie continue ainsi, qu’elle garde autant que possible sa richesse, sa diversité biologique, absolument nécessaire pour que la vie reste fascinante sur la terre, davantage que les procédés qui enlèvent du travail, nous dispensent de l’effort. Pensez-y : avant, nous nous attaquions aux problèmes qui nous entouraient avec des moyens bien simples. Puis on a cherché un moteur, le pétrole ou d’autres moyens pour nous dispenser de l’ouvrage. Mais il faut vivre avec l’effort, se donner la peine de résoudre les problèmes par nos propres moyens de bord, le plus possible. Aussi, je dis aux jeunes de ne jamais cesser de s’instruire, de toujours se passionner pour la vie qui nous entoure.

 

Pour terminer, voici deux questions de jeunes naturalistes. Celle de Philippe Alarie. M.Back, si vous aviez à dessiner la suite des choses pour l'humanité et la nature, que dessineriez-vous?

J’ai dessiné un film que vous n’avez peut-être pas vu qui s’appelle Tout Rien. J’y ai justement exprimé pour les jeunes ce que je pense du monde. Il a été mis en nomination pour les Oscars. Si vous regardez ce film, vous verrez que j’ai mis là-dedans tout mon espoir.

 

Et celle de Sylvie Pelletier Les oiseaux qui picochent les arbres, comme les pics-bois, sont-ils des ennemis pour eux? À la campagne, je constate que plusieurs arbres sont affaiblis parce que trop troués...

Quand ils piquent le bois, ce n’est pas pour détruire l’arbre mais pour récolter un insecte qui lui, est en train de se nourrir de l’arbre. D’un côté, le pic-bois rend service à l’arbre, d’un autre, il fait des cavités que beaucoup d’animaux apprécient, parce qu’à partir des trous qui sont créés, plusieurs y font leur niche et s’y logent. Les ratons-laveurs, les canards des bois et d’autres oiseaux. Surtout le grand pic, qui fait également des trous assez considérables. Enfin, un arbre ne meurt jamais inutilement : quand il retombe, il redevient de la terre puis tous les champignons et tout ce qui pousse en lui redevient de la nourriture pour les nouvelles générations d’arbres. Les seuls à réellement causer du tord à la forêt, ce sont les humains malheureusement, parce qu’ils coupent, transportent le bois ailleurs et dépeuplent la forêt, laissant sur place un champ de ruines et de désolation derrière eux.

Il ne faut pas donc accuser les pic-bois, mais les bûcherons, surtout les entrepreneurs et les entreprises qui se fichent pas mal de fabriquer un désert et qui font bien peu, en retour, pour la préservation de ces ruisseaux qui ont été créés par les forêts. Ce sont elles qui attirent la pluie, qui filtrent l’eau, qui font qu’on a tous de l’eau potable. Pas seulement nous, mais aussi tous les animaux qui se nourrissent dans les ruisseaux. Ces ruisseaux qui sortent des champs cultivés, qui transportent des produits chimiques qui sont en train de tuer toute la faune aquatique. Et qui en particulier font disparaître les millions de grenouilles, intervenant dans toute la chaîne alimentaire qui jusqu’ici faisait la prospérité de la vie animale et végétale de notre beau pays.

 

Heureusement, il y a des gens comme vous qui sont ici pour replanter des arbres...

Plusieurs ont certainement fait mieux que moi, mais j’ai essayé de faire ma part.

 

Pour cela, pour l’enseignement et pour tout ce que vous transmettez,

merci beaucoup, monsieur Back.

Merci beaucoup, monsieur Cyr (et merci aux CJN !).

 

N.de A. : M. Back nous a quitté quelques jours avant Noël 2013. Condoléances à sa famille.

 

 

 

Saviez-vous que …? 

 

M. Frédéric Back a créé en 1967 la verrière de la station de métro Place-des-arts à Montréal, ainsi que la murale du restaurant Hélène de Champlain, en collaboration avec le décorateur Claude Hinton pour l'Exposition internationale de 1967.

À parcourir absolument, le magnifique site portant tant sur l’œuvre que sur la mission de M. Back :

Agir ensemble : www.fredericback.com/

 

 

 La Société de l’Homme qui plantait des arbres : www.facebook.com/groups/84074363226/

 

Les Dessins d’une vie : www.fredericback.com/musee_recherche/index.fr.aspx

 

2014-08-07

    Ce dimanche 24 août dernier, les CJN ont tenu leur 1er kiosque au Marché Public de Pointe-à-Callière dans le Vieux-Mtl, alors que nos deux animateurs Daniel Evembe et Philippe Alarie 

présentaient aux visiteurs les animaux qui vivaient sur l'ile de Mtl vers 1701.

Le tout dans une ambiance de marché public du XVIIIe siècle. 

Photos Sylvie Daneau

  

à cette occasion, André Cyr des CJN rencontrait l'historien M. Jacques Lacoursiere, pour une entrevue CJN ! Découvrez le résultat dans notre revue de septembre !
 
 
 Cercles des Jeunes Naturalistes Pour voir les photos du Marché public, de l'album d'André Cyr : https://www.facebook.com/syrage/media_set...
 
 

 

2014-07-31
Merci aux CJN !

 

(Lettre aux CJN, suite)

 

Les jeunes du camp ont aimé son calme, sa joie de vivre et son sens des responsabilités.  Elle gardera, je pense, en bon souvenir du camp..  Des expériences comme celle-là sont uniques et laissent une marque positive sur le sens que doit prendre la vie.

Nous aimerions, sincèrement, développer avec vous un stage d'une semaine (ou plus) pour les Jeunes Naturaliste.  Je serai disponible après les vacances d'été pour faire un retour sur les deux semaines de camp et envisager la possibilité de vous réserver des dates pour un stage de 5 à 6 jours pour l'été prochain, si tel est votre souhait.

Salutations à Daniel, Linda, à André et aux Jeunes Naturalistes.

 

Denis et Danielle

De l’équipe du Camp l’Ère de l’Estuaire

 

Pour vous, chers CJN ! Voici un reportage tourné par notre animateur Daniel Evembe, lors de son aventure de deux semaines, au camp de l'Ere de L'estuaire.
https://www.youtube.com/watch?v=3cwMibsOgD0

 

 

2014-07-31

Raynald Fortier : Ici, j'ai une vingtaine de crânes de mammifères. On va se concentrer sur les mammifères terrestres. Peut-être plus tard, dans une deuxième partie, je pourrai faire des petites comparaisons, s'il y a lieu, avec les poissons. Les crânes des mammifères terrestres que voici, sont tous de l'Amérique du Nord, la plupart, on les retrouve au Québec.

En jetant un coup d'œil sur ces crânes-là, ce qui nous saute aux yeux : il y a des tailles différentes. Cela c'est normal. La grosseur du crâne, grosso modo, est en proportion avec la grosseur de l'animal. C'est assez logique! On remarque aussi assez rapidement que les formes générales du crâne sont parfois différentes. Elles sont plus arrondies, par exemple : chez le lynx ou le chat. En gros, la famille des chats (les félidés), c'est une caractéristique. Il y a des crânes qui sont un peu plus allongés. On a un exemple ici avec un cervidé, fait-il, en montrant celui d'un orignal. Cela peut être le cas de celui d'un cheval (famille de l'equidae), d'une vache (famille des bovidés). Et, il y a d'autres crânes qui ont des formes plus ou moins allongées; c'est le cas du chien et du loup (tous deux de la famille des canidés).

Je prends par exemple, celui de notre lynx roux. Ce qu'on remarque, ce qui saute aux yeux, ce sont les deux grands ronds ici qui correspondent aux orbites où étaient les yeux. Ils ont l'air assez disproportionnés; plus gros que chez d'autres crânes. Il faut comprendre que les lynx en général, que ce soit le lynx roux ou le lynx du Canada, même le chat domestique, ce sont des chasseurs nocturnes. Ils ont donc de plus grands yeux. Probablement, pour capter le plus de lumière. Un avantage sur leurs proies.

 

 

 

Sylvie : Pour avoir une meilleure perception?

R.: Oui, une meilleure perception, exactement. Une meilleure perception visuelle dans la noirceur. Le manque de lumière a différentes adaptations, dont la grandeur de l'œil. Moi, j'imagine que cela permet entre autres, de garder le peu de lumière, de manière optimale, maximale. Il y a beaucoup de similitudes au sein d'une même famille. Juste avec un crâne, en regardant certains détails, on peut dire que ces deux-là (les crânes du chat et du lynx roux) sont similaires et appartiennent à la même famille d'animaux : les félidés.

Un autre exemple très particulier, ici, on a deux crânes qui se ressemblent beaucoup de forme aplatie sur les côtés. La taille est différente. On a un castor (famille des Castoridés), le plus gros crâne et on a un porc-épic (famille des Erethizonidés). Mais, qu'adviendrait-il si on avait un crâne d'un jeune castor de la même grosseur de celui d'un porc-épic adulte? Comment les distinguer?

Là, ce n'est pas évident, c'est quasiment similaire. On peut voir un petit détail par rapport à leurs conduits auditifs. Chez le porc-épic, ils sont situés à l'arrière du crâne à mi-hauteur. Chez le castor, ils sont orientés vers le haut. Raynald explique : lorsque le castor nage à la surface de l’eau, il doit entendre ce qui se passe au-dessus et autour de lui, s'il n'y a pas un danger. D'où, ces petits tubes auditifs orientés vers le haut.  Ce sont des petits trucs comme cela qui permettent à des spécialistes, s'ils trouvent un crâne, d'examiner à l'espèce assez rapidement ce qu'ils ont trouvé.

Le point, peut-être, que je vais parler plus abondamment, concerne la dentition. Un petit rappel de nos dents. On va procéder un peu par rapport à notre propre dentition qui est très similaire à ce que l'on a ici, dans le fond. Petite parenthèse : nous sommes des mammifères, croyez-le ou non ! Si on y va du devant de la bouche vers l'arrière, nous avons : les incisives, les canines, les prémolaires et les molaires. Grosso modo, les mammifères ont ces dents-là. On va voir justement, qu'il y a beaucoup de différence, selon les groupes de mammifères. Commençons par les incisives. D'après leur forme, on voit qu'elles sont aplaties, et même taillées en biseau au sommet de la dent. Si par exemple, on parle des incisives du castor. Le castor, comme tous les rongeurs, les incisives sont primordiales pour lui, car il doit couper sa nourriture : des brindilles, des tiges de différentes plantes, gruger de l'écorce, il doit même aussi naturellement, abattre des arbres. Son outil premier : ce sont les incisives. Ses incisives, on le voit très bien, ici, elles sont très développées; c'est une caractéristique des rongeurs. Mais, je dirais, que le castor, ses incisives sont une coche de plus, on pourrait dire : super développées. 

La croissance de ces incisives-là, c'est un outil tellement important, que si cela s'use naturellement, il doit les user aussi, car la croissance de ces dents-là est continue. D'ailleurs, il existe un mythe par rapport à cela, soit que le castor est obligé de gruger du bois pour user ses dents. Ce n'est pas tout à fait vrai. C'est sûr que gruger du bois cela use les dents, mais tous les rongeurs, castors y compris, vont user leurs incisives en les frottant les unes contre le autres (celles du haut sur celles du bas). Ce qu'on appelle du bruxisme1. Un mari qui fait cela, c'est un peu dérangeant.

Pour lire un bon texte sur la dentition des rongeurs, Raynald recommande :  http://www.cosmovisions.com/rongeurs.htm  

Même un carnivore, ce qui n'est pas le cas du castor, va également se servir de ses incisives.

 

S.: Comme le lynx?

R.: Oui, comme le lynx, mais, j'ai un meilleur exemple : le loup. C'est intéressant que vous parliez du lynx parce que je n'avais pas eu le temps de comparer. On va y aller simplement. Le loup (famille des Canidés), et le lynx (famille des Félidés). On voit que ces deux animaux ont des canines très développées. Ce sont des carnivores. Donc, la canine, elle, c'est un outil pour les prédateurs qui mangent de la chair. C'est un peu comme un poignard, car il faut tuer la proie. Cela lui permet aussi quand la proie est tuée, de déchirer la chair. Certains animaux, comme les loups qui chassent en meute, ils vont parfois tuer de grandes proies. Un chat, lui, il va manger la souris, peut-être pas l'avaler tout rond, mais en plusieurs bouchées. Tandis que pour tuer un gros mammifère, il peut y avoir quatre loups après l'orignal. Surtout en hiver, parce que la nourriture est rare. Les loups, ils vont prendre un gros repas, car au contraire du chat qui va manger régulièrement, ils peuvent rester jusqu'à dix jours sans manger! Lorsqu'ils abattent un orignal, ce qui est très exigeant, ils essaient de manger à peu près tout ce qu'ils peuvent. Ils vont se servir, à ce moment-là, de leurs incisives pour racler la chair jusqu'à l'os.

Je vais compléter avec les dernières dents : les molaires. Les molaires sont des dents qui sont faites pour mastiquer, pour broyer ou écraser. Regardez votre chien lorsqu'il mange un os assez gros. Ce n'est pas dans le devant de sa gueule qu'il tient l'os, mais au fond. C'est très fort, ce n'est pas le temps d'y mettre son doigt dans ce temps-là.

Les molaires vont également servir beaucoup aux herbivores. Ici, on le crâne d'un cerf, on voit très bien toute une série de molaires. Ce sont les dents les plus importantes pour ces animaux-là, parce qu'eux, ils vont manger des végétaux, des bouts de rameau, de branches, de tiges, de feuilles. Les végétaux dans le bois, il y a de la lignine2, c'est assez coriace! Même dans le feuillage, il y a des fibres végétales. C'est quelque chose d'assez difficile à digérer si cela entre dans l'estomac. Ils vont ruminer, ils vont mastiquer très longtemps et très souvent. Cela prend des bons outils, ce sont les molaires qui font le travail.

Qu'en est-il de l'épaisseur du crâne des mammifères, interroge Raynald ? Je pense à des prédateurs ou à des animaux comme le bison. Les mâles, eux vont lutter, question toujours de possession de femelles. Donc, il y a des parties du crâne qui peuvent être très épaisses.

Si on regarde certaines de ces caractéristiques-là. On va commencer par un groupe de carnivores. Désignant quatre crânes de différentes tailles, de mustélidés, qui ont des similitudes, Raynald déclare : Moi, ces crânes, ils me font penser un petit peu à Alien3. Des petits crânes aplatis du haut vers le bas, sur les côtés. Quand on les regarde un peu plus dans le détail, on voit des différences à certaines parties du crâne.

Je vais les mettre par ordre décroissant. Ici, justement, on voit la similitude. Par rapport aux incisives, c'est pas mal pareil. Oui, les incisives, les canines, la forme du crâne, un paquet de petits détails. La forme de tout ce qui a un rapport avec l'orbite de l'œil, et ce qui est en arrière, c'est très similaire. Sauf, la taille! Je fais dire le mot savant : c'est la famille des mustélidés. Qu'est-ce que c'est que ça? Le plus gros crâne, c'est le pékan. Le pékan, l'un des animaux les plus méconnus du Canada, au Québec. Un peu plus connu, on a une martre. Ici, toujours en diminuant de taille : le vison. Et ici, nous avons une belette. Pour vulgariser, les mustélidés, c'est la famille de la belette. Belette, vison, ce sont les deux animaux, dont les gens peuvent s'en faire une image : corps allongés, ces animaux sont des prédateurs. Ils sont capables de rentrer dans un terrier. Ils s'attaquent à de petites proies ou moyennes proies. Ils ont à peu près tous les mêmes caractéristiques au niveau du corps et du crâne. Un crâne ça parle beaucoup. Je tiens à spécifier que les animaux que je viens d'énumérer, nous ne les avons pas au Biodôme. Nous avons un crâne de loutre (qu'il me montre et place près de celui du pékan). Voilà! La loutre, toujours la même forme aplatie avec de bonnes canines et plusieurs petits détails très similaires aux belettes, visons et compagnie. La loutre, c'est un de nos plus gros mustélidés que l'on voit très bien ici, avec le crâne. En fait, le plus gros mustélidé du Canada. Peut-être même au monde! C'est un mustélidé extrêmement rare que nous n'avons pas au Biodôme : c'est le carcajou. Voilà pour une famille de carnivores.

S.: Est-ce que ce sont tous des crânes d'animaux adultes?

R.: Oui. Ces animaux-là, avant l'âge de un an, ils sont 80-90% à leur taille adulte.

On a ici un cas spécial. C'est un mammifère plus primitif. Il s'agit d'un tatou. On n'a pas de tatou au Québec, lui, on le trouve dans le sud des États-Unis. Lui, qu'est-ce qu'il peut bien faire avec ces petites dents-là? Les dents, il faut faire le lien avec l'alimentation. Plutôt pointues, elles n'ont pas l'air super robustes comme chez un prédateur ou un herbivore. Le tatou est un insectivore. On voit la forme du crâne (allongée) au niveau du museau. Pour aller chercher un insecte qui est tout petit, probablement en mouvement, c'est un peu comme des pinces, quelque chose de plus fin pour aller chercher avec précision la petite bestiole. Même si les insectes ont une carapace, elle n'est quand même pas très solide, alors de toutes petites dents comme cela, pointues, cela lui permet de mâchouiller un peu l'insecte avant de l'avaler.

Mettant de côté le crâne du tatou sur la table, le biologiste prend dans sa main, une toute petite boîte. On a ici, précise-t-il, le plus petit crâne que l'on a dans notre collection, celui de la petite chauve-souris brune. Probablement la plus commune de nos chauves-souris ici. (Le crâne est si minuscule qu'il faut une loupe pour le regarder.) C'est incroyable ! s'exclame Raynald Fortier, épaté par la constitution d'un si petit mammifère volant, de la famille des Chiroptères.

Au sujet du tatou, Raynald ajoute qu'à sa connaissance, il y a une autre espèce de tatou plus grosse que celui-ci. Il me fait observer qu'après avoir enlevé le poil et la peau, la grosseur de la tête de l'animal diminue quand on voit le crâne. C’est pour ça que le crâne du chat domestique que nous connaissons bien  nous apparaît ici si petit !

Si on revient, par exemple aux herbivores. À un moment donné, on a parlé des molaires qui étaient très importantes pour mâchouiller les brindilles, même les feuilles avec les fibres végétales et tout cela. Ici, on a une mâchoire d'orignal. C'est un peu similaire, par exemple, à une mâchoire de cheval ou de cerf. Ils ont un museau très allongé, entre autres, parce que leurs mâchoires, ont plusieurs molaires. Ici, on a une mâchoire inférieure côté gauche. C'est sûr qu'il faut qu'il mâchouille, mais aussi, il faut qu'il soit capable d'arracher les brindilles, les rameaux. L'hiver, les orignaux, les cerfs de Virginie, vont se concentrer plus qu'en été. Ils se retrouvent souvent sous les conifères, pour être sous une couche de neige moins épaisse; cela facilite un peu leurs déplacements, si c'est un hiver difficile. Tout cela pour venir à dire qu'ils vont manger là où ils se trouvent; ils ne feront pas leurs difficiles. Ils vont manger beaucoup de rameaux de sapin. C'est assez coriace, merci ! Mais, il faut qu'ils coupent, qu'ils arrachent, cela leur prend un outil et ce n'est pas avec leurs molaires. Avec leurs incisives, ils peuvent couper, ou surtout, arracher des brindilles. Ils amènent cela en arrière probablement avec leur langue, et là, ils vont mâchouiller. Ce qu'on peut noter, c'est qu'il y a une grande partie avec une absence de dents. C'est là, où devraient être placées les canines. Mais, pourquoi avoir des canines alors que l'on n'en a pas besoin ?

 

S.: Parce que ce ne sont pas des carnivores?

R.: Et voilà! Et voilà! répète-t-il. La famille des cervidés : orignal, caribou, chevreuil : pas de canines. Même chose, pour un groupe apparenté : la famille du cheval, la famille de tout ce qui est bovin : les vaches, les bisons : pas de canines. Pour répondre à votre question : la taille d'un herbivore, versus la taille d'un carnivore. En fait, c'est intéressant. On va revenir, à la fois et aux dents et aux moyens de défense d'un herbivore.

La dentition d'un animal. Ce qui est primaire, c'est que sa dentition soit adaptée à sa nourriture. Un loup, tu ne peux pas transformer cela en végétarien, du jour au lendemain. Si on prend, par exemple, le caribou qui lui est un herbivore, il va avoir des incisives et des molaires. Cela fait partie de son kit alimentaire, mais effectivement, il doit se défendre. Et, quel est son prédateur numéro Un? C'est le loup. Le loup est plus petit, mais le loup a une stratégie : il chasse normalement en groupe. Ils sont plusieurs contre un seul cervidé. Le caribou, lui, il ne peut pas mordre, lui il n'a pas de crocs. Il peut mordre, mais je ne pense pas que cela dérange le loup. Avec quoi le cervidé va-t-il se défendre? Avec ses bois et ses sabots. Le loup, ce que j'ai oublié de dire effectivement, le loup il doit se défendre. Pas nécessairement du caribou, car son but, lui, c'est de le mordre aux bons endroits. Un de ses confrères va le mordre à un autre endroit et ils vont finir par tuer la proie. Lui, ce n'est pas nécessairement pour se défendre. Le loup peut utiliser ses crocs pour se défendre. Il y a toute une hiérarchie chez les loups, c'est un peu comme chez l'humain. Vous dérangez votre mari quand il est en train de lire le journal. Il va peut-être faire : Aaaaarrh! Quand on dit montrer les dents. Les loups, avant de se battre entre eux, premier signal d'avertissement : ils vont montrer leurs crocs. Il y a un message : Va-t-en! Achale-moi pas!

Prenons un vieux loup solitaire qui se retrouve dans une zone où on peut trouver et du loup et du coyote. Il est en train de manger une carcasse de chevreuil parce qu'il n'est plus capable de chasser. Et là, il arrive trois coyotes en même temps. Le coyote qui est un prédateur, est en plus un charognard. Un vieux loup usé qui est obligé de se défendre, là oui, il peut mordre pour se défendre des coyotes. Donc, les dents : l'alimentation premièrement, mais aussi, comme moyen de défense.   

S.: Les cervidés peuvent aussi se servir de leurs pattes pour se défendre.

R.: Oui, exactement. C'est intéressant parce que les orignaux ont des sabots. Les sabots, je pense, leur fonction première ce n'est pas pour se défendre, c'est pour marcher convenablement dans leur milieu. Mais, un coup de sabot cela peut assommer, cela peut tuer un humain, par exemple. C'est sûr, il y a des prédateurs, il y a sûrement des loups qui sont tués chaque année par une bonne ruade à la bonne place, j'imagine des loups moins expérimentés. J'ai déjà vu dans le bas de la Gaspésie, de l'autre côté d'un lac, il y avait une mère avec son faon de l'année. Il y avait un jeune adolescent à environ 100-200 mètres; puis, il s'approchait. La femelle a commencé à lui envoyer des messages. Je pense qu'elle criait et elle a pris une posture : Toi, tu ne t'approches plus. Moi, je protège mon petit. Je suppose que si l'adolescent avait continué à s'approcher, oui, cela aurait peut-être viré en ruades. C'est une possibilité.

En parlant de crâne, cela me fait penser aux plus petits os du corps humain, mais très fort probablement de la plupart des mammifères, on ne les voit jamais.

S.: Je risque une réponse : Les conduits auditifs?

R.: Excellent! C'est dans l'oreille moyenne, si on part de l'extérieur, il y a le pavillon de l'oreille, cela aide à capturer les sons. Un peu plus profond, on a le tympan, et une membrane tout de suite après le tympan qui vibre, où il y a une série de petits os : les osselets. Les osselets, ce sont les plus petits os du corps humain (vérifier) Le marteau, l'enclume et l'étrier. Ces trois petits os servent à propulser les vibrations probablement jusqu'au cerveau. Ce sont des petits os qui sont à l'intérieur de l'oreille. Alors, imaginez le crâne de la chauve-souris, imaginez la grosseur de ses osselets**!

L'audition, pour les mammifères, c'est différent si tu vis dans l'eau ou si tu vis sur terre. Ils n'ont pas de pavillon en partant. Des fois, lors de dégustations d'insectes, les gens disent : Beurk! Des insectes. Je leur demande : Mangez-vous des crevettes? Oui. Bien les crevettes, ce sont des cousins des insectes.

 

1. Bruxisme : n.m. Mouvements répétés et inconscients de friction des dents qui peuvent entraîner une usure importante des dents. [Le MULTI Dictionnaire de la langue française, Marie-Éva De Villers, Québec Amérique, Cinquième édition, Réimpression juillet 2010, p. 237]

2. Lignine : n.f. (du lat. lignum, bois). Substance organique complexe, constituant principal du bois qui imprègne les cellules, les fibres et les vaisseaux conducteurs, les rendant imperméables, inextensibles et rigides. [Le Petit Larousse illustré 2011, p. 589]

 

3. Alien : ici, Monsieur Fortier fait référence au film Alien, de Ridley Scott.

4.  Fanon : n.m. Lame de corne, effilochée sur son bord interne et fixée à la mâchoire supérieure de la baleine. (Au nombre de 250 à 400, les fanons permettent de filtrer l'eau et de retenir le krill. [Ibid,  p. 409]

5. Krill : Plancton des mers froides, formé de petits crustacés (essentiellement Euphasia superba) transparente, et qui constitue la nourriture principale des baleines à fanons. [Ibid, p. 571]

6. Moby Dick : roman de H. Melville (1851). C'est le récit du combat symbolique entre une baleine blanche (Moby Dick) et le capitaine Achab. Il a inspiré plusieurs films. . [Ibid, p. 1527]

* Pour plus d'informations : fr.wikipedia.org/wiki/Kératine

** Pour plus d'informations : fr.wikipedia.org/wiki/Osselet_(oreille)

2014-07-22

Roger Valade : Cela a commencé il y a bien longtemps, dès mon plus jeune âge. Comme j’étais solitaire, je m’entourais de nature; à Malartic, dans la région de Val d’Or, j’allais me promener en forêt, j’aimais observer la rivière. Toujours entouré d’arbres, je grimpais, je m’assoyais sur une branche puis sur une autre, je m’étais construit une cabane en carton (que j’avais ramassé d’un livreur de chips) et j’y passais mes journées. J’avais en tout temps ce sentiment que la nature, c’était chez moi, j’étais en communion avec elle, j’étais protégé. Pour moi, les arbres étaient mes frères et mes soeurs, la Terre était ma mère, le Ciel était mon père. Et toutes les étoiles étaient comme mes ancêtres... Plus tard, en venant habiter à Montréal, dans des centres d’accueil, j’ai découvert le Jardin botanique, le parc La Fontaine, ses arbres et son Jardin des Merveilles* où je passais mes journées. Par la suite, la vie m’a amené dans les bars de Montréal, les discothèques et à la restauration; j’ai été propriétaire de restaurant à Saint-Sauveur. Là encore, je me retrouvais dans la nature. Le matin, je me levais tôt et j’allais faire mon jogging sur la montagne.

Chemin faisant, grâce à la restauration, j’avais des contacts avec tous les milieux. Le jet set des bars et des discothèques m’a conduit, à 36 ans, à un questionnement sur le sens de ma vie. C’est alors qu’un ami m’a amené à Sainte-Émilie, dans Lanaudière, en pleine forêt, pour me présenter une maison en montagne, abandonnée depuis fort longtemps. Du coup, je me suis senti vraiment chez moi. J’habite cette maison depuis 25 ans. De là, j’ai ouvert un restaurant avec M. Vincilli, une personne que j’ai beaucoup aimée et qui m’a aidé dans ce projet. Je me suis alors intéressé à la rénovation, au bois, à la boiserie, à la mouluration, à la finition. J’ai fait des travaux sur bois pour des clients, jusqu’à ce que je comprenne ce sentiment profond que j’avais en moi depuis toujours : ce n’est pas moi qui ai choisi la Nature, c’est elle qui m’a choisi. Et le travail du bois, c’est son langage…

Puis j’avais signé un contrat à New York, qui fut annulé à cause des événements du 11 septembre 2001. Par la suite, j’ai rencontré un jésuite à La Foire du bois, à Trois-Rivières. Un sculpteur hors pair, un monsieur d’une beauté extraordinaire; 81 ans, des cheveux blancs, des yeux bleus. Il sculptait Mère Teresa et d’autres pièces d’art religieux. Je lui ai montré mes sculptures, une tête d’Indien, un chevreuil. Il m’a regardé et m’a dit : « Roger, j’ai soixante années d’expérience en sculpture et je suis fasciné : en si peu de temps, tu as fait tellement! Tu as un grand talent, ouvre-toi un atelier et crée! » Depuis, à travers mes œuvres, je fais parler la nature. J’ai une sensibilité pour les animaux, pour la terre et pour toutes ces civilisations qui sont passées, j’ai une sensibilité plus grande que nature.

 

A.C. : Quels sont vos matériaux et vos sujets préférés ? En combien de temps créez-vous une œuvre?

R.V. : Dans l’assemblage de mes matériaux, je travaille avec le tilleul, un bois qui se prépare bien, dans lequel je vais sculpter une forme et donner vie à un arbre coupé ou abandonné. Chacune de mes œuvres représente ce qui vient de la terre, car nous venons tous de la terre et nous y retournons en fin de vie. C’est elle qui nous fait vivre, qui nous supporte. Ce qui m’a fait découvrir la coloration des oxydes de terre, m’a amené à travailler avec la magie des couleurs, à rendre mes œuvres de plus en plus attrayantes à l’œil. Mes pièces sont toujours reliées à des animaux, même quand il s’agit d’un Indien solitaire, comme le Nomade, inspiré d’un Sioux des années 1830. Il y a La Mère Terre, inspirée d’ours polaires se tenant sur un glacier abandonné, à la dérive, une scène qui m’a tellement touché l’âme que j’ai décidé de la reproduire dans un encadrement nature. Pareil pour L’Amour, une autre pièce. Parmi mes autres sujets, l’aigle, j’adore les aigles, les chefs amérindiens, des scènes de pêche, de chasse. J’ai créé Ozias 4, une scène superbe dans laquelle un chasseur armé est surpris par un ours à manger son saumon, inspirée du Dernier trappeur, un film qui m’a beaucoup touché et qui relate un an de la vie de Norman Winther, l'un des meilleurs trappeurs de montagne dans le grand nord du Yukon, qui a également inspiré un livre. Une scène du film m’a rappelé mon grand-père que je n’ai pas connu, qui était un grand trappeur de Saint-Michel-des-Saints, un passionné de la nature. On m’a raconté que lorsqu’il rencontrait des ours, ça ne lui faisait jamais peur parce qu’il était toujours accompagné de ses chiens. Il vivait avec les Atikamekws, il a passé sa vie avec eux et est mort auprès d’eux. Oui il chassait, mais c’était pour garder l’équilibre de la nature tout comme le fait le loup. Un loup ne tue pas pour le plaisir; il va tuer pour se nourrir, tout en préservant l’équilibre de la nature. Qu’il n’y ait pas trop de chevreuils, par exemple. Ce même esprit guide les trappeurs. L’imaginant dans ces scènes, j’ai donc créé Ozias 1, 2, 3 et 4, en hommage à cet homme-là, mon grand-père, Ozias Valade.

Je n’ai pas été élevé par les Amérindiens, mais la vie m’a amené à découvrir deux grands témoins de leur époque : George Catlin, peintre, et Edward Curtis, photographe amérindien des années 1800. Avec son cheval et son matériel, Curtis partait postériser les chefs amérindiens : Sitting Bull, Geronimo, Nuage Rouge et bien d’autres! Crazy Horse, pour sa part, a toujours refusé de se laisser photographier. Grâce au photographe et au peintre, la grande histoire des peuples s’est fait connaître; tout ce qui s’est passé avec leurs territoires et leurs vies m’a beaucoup fasciné et a été pour moi une grande source d’inspiration. J’ai eu envie de les reproduire en sculpture, ce qui a fait dire à Lucille, mon amie de cœur de l’époque, qu’à travers le travail de Curtis et de Catlin, dans l’Invisible, les peuples amérindiens m’ont choisi pour les représenter. Je crois beaucoup en l’Invisible, et la Nature, à travers lui, me parle aussi. J’ai donc commencé à sculpter un visage indien, mon premier, puis j’ai créé d’autres pièces, encore et encore. Et là, j’ai exposé, explosé, j’ai gagné quelques prix, puis un autre encore, ce qui m’a amené à modifier ma façon de sculpter et à créer de belles scènes amérindiennes.

En combien de temps? Chaque fois que j’expose et que je rencontre des gens, c’est la question de chacun. Habituellement, je leur réponds, mais aujourd’hui, je dois vous expliquer quelque chose à propos du temps : c’est l’intensité qu’on y met (qui fait l’œuvre). Il n’y a pas de recette, c’est l’émotion que tu mets qui compte; moi, quand je crée un ours, je deviens un ours, quand je fais un Indien, je suis Indien, dans mon cœur et dans mon âme. Quand je crée un loup, je deviens un loup, je regarde mes mains, je ressens son poil, ses poumons, sa vivacité, je ressens tout à travers son œil, je le reproduis. Pour vivre cela, je ne peux pas avoir une horloge devant moi; ce que je sculpte, je le crée avec mon âme, avec mon ressenti, j’y mets toute mon intensité. Et le résultat dit tout. Je pourrais vous répondre 500 heures, 2000 heures, combien? Je ne le sais pas, je ne m’appartiens même plus. Et à ceux qui me demandent : « Roger, pourquoi ne donnes-tu pas de cours? », je réponds : « Pour ce que je vis ici, il n’y a pas de cours. » Parce que dans mon atelier, je suis seul avec mon sujet, avec mes chiens, ma musique classique, Bach, Mozart. Je m’enferme dans mon espace et je crée, plongé dans une forme de transe, en communion constante, je sculpte à travers l’Univers, l’Invisible, le Cosmos. Et ici, le temps, ça n’a plus d’importance…

 

A.C. : Votre travail est donc un hommage à tout ce que vous avez pu observer de la nature et à tout ce qu’elle vous a donné.

R.V. : La nature m’a donné la vie. Quand, petit garçon, je me trouvais dans un parc, je regardais un arbre, j’appartenais à la nature. Tout jeune, je ne me suis jamais senti appartenir à une société, j’ai voulu m’enlever la vie. Aujourd’hui, j’ai 64 ans, je n’ai pas changé : mon âme appartient à la Nature, elle appartient à la Terre. Pour moi, la Terre, c’est le plus beau bijou de l’Univers, je l’aime et j’en fais partie. Je fait partie de chaque être vivant sur la Terre, parce que nous sommes tous « un » en réalité ; que ce soit moi, un moustique, un papillon, une libellule ou un ver de terre, on en fait tous partie, nous sommes tous des êtres vivants. Je pense que l’Homme devrait porter plus attention à cette belle nature-là. Je ne ferai pas de politique ici, mais pour moi, la Nature, c’est plus grand que nature.

 

 

A.C. : Que diriez-vous aux jeunes qui sont déconnectés de la nature, qui sont rivés à longueur de semaine à leur écran? Comment les ameneriez-vous à sortir pour aller observer la nature et créer avec elle?

R.V. : Je passe cette journée au Jardin botanique de Montréal et plus tôt, dans la salle des papillons, j’ai vu beaucoup de jeunes. Voilà un bel exemple; l’idée est d’intéresser les enfants dès le plus jeune âge à la nature. Ou de prendre un jeune de 16, 17 ans qui a passé des années dans la ruelle ou dans la rue à faire des coups et de l’amener voir la nature. Il faut que les adultes qui entourent ces enfants-là prennent le temps de leur communiquer l’Amour de la nature. Pour moi qui vis dans la forêt, c’est facile. Mais pour un adolescent qui habite à Montréal et qui ne voit qu’un parc à côté de chez lui, c’est différent; comment grandit-il en société? va-t-il à l’école? et quelle relation vit-il avec ses parents? Les rencontre-t-il le soir ou se réfugie-t-il dans son Nintendo, dans son Playstation? Quand j’en étais témoin, je demandais aux jeunes : Pourquoi ne pensez-vous pas à aller dehors, à aller voir la nature? Je constate alors qu’ils sont aveuglés par tout ce que la société leur donne. La commercialisation des jeux et les émissions de télé placent un véritable voile devant les yeux de ces jeunes. Si un jour je rencontrais des jeunes dans un centre ou dans une école, je leur parlerais de la nature. On les juge et on les condamne souvent, mais tout dépend tellement de ce que les adultes leur donnent comme éducation. Il faut être à leur écoute et leur proposer des activités dans la nature; pas un quatre roues avec des gadgets, mais une occasion d’aller faire du camping, du kayak. Et ça commence avec les écoles! En ville, même si on n’a pas tous un véhicule pour aller en nature, on a de beaux grands parcs. Qu’on organise une journée spéciale pour aller les découvrir (comme avec Les Samedis Nature en famille). Il faut aussi les amener à connaître l’Histoire, afin qu’ils sachent d’où ils viennent. Par exemple, les visiteurs me demandent : « Pourquoi sculptes-tu des Amérindiens, Roger, tu n’es pas Indien?» Pourtant, on vient tous de là, de nos ancêtres, de la Nature!

 

A.C. : Pour conclure, comment peut-on suivre vos œuvres? Quels sont vos projets?

R.V. : Sur Google, écrivez mon nom et vous trouverez mes pages Facebook, dont l’une est commerciale, sur laquelle je partage avec tout le monde des photos de mes œuvres sculptées. Sur mon site web www.rogervalade.com, je raconte mon histoire et je présente mes œuvres en cours, comme Le Danseur, inspiré d’un beau danseur sioux. Le Danseur a été long à concevoir parce qu’il danse, il doit être joyeux et il représente un grand symbole pour moi. D’autre part, M. Mario Gouin, un des propriétaires de l’Auberge du Lac Taureau, m’a permis d’exposer mes premières œuvres sur ses murs. Par la suite, j’ai réalisé de grandes fresques naturelles que  j’ai  pu exposer, avec un éclairage adéquat, à l’Auberge, devenue ma galerie d’art. Une étape déterminante de ma vie. Leur soutien m’a permis de vivre un grand cheminement.

Avec madame Durand, que j’aime beaucoup, je travaille sur mon livre qui sortira à l’automne 2015 et dont le titre sera La Vie m’a sculpté, je danse avec la vie, avec, en couverture arrière, une image de l’Auberge du Lac Taureau, et en couverture avant, mon fameux Danseur. À travers ce livre-là, j’ai reculé le plus loin possible dans ma jeunesse (six ans) pour raconter ma vie jusqu’à aujourd’hui. Je ne prétends pas sauver le monde, mais j’espère bien, à travers ce livre, communiquer un témoignage, un message d’amour, celui-ci :

Oui, on est seuls dans cette vie, mais chaque âme peut se trouver une voie, se trouver une passion.

Et moi, celle qui m’a sauvé, c’est la Nature...

 * De 1958 à 1989, le Jardin des Merveilles présentait un zoo et des activités quatre saisons pour la famille.

 

Liens internet

Créer avec la nature : www.creeraveclanature.fr/

Le site internet de M. Valade, à découvrir absolument : www.rogervalade.com

Pour voir les œuvres exposées de Roger Valade : www.quebecvacances.com/auberge-du-lac-taureau

 

 

2014-01-08
Entrevue avec Raynald Fortier

Une entrevue réalisée avec Raynald Fortier

- Propos recueillis par Sylvie Daneau

 

Le 6 novembre 2013, à 8 heures du matin, Raynald m'attendait dans la salle Naturalia du Biodôme de Montréal.

Quelques jours auparavant, je lui avais expliqué que le sujet de mon article portait sur la différence des panaches des cervidés1. Pouvait-il nous expliquer comment les identifier par un simple coup d'œil?

 

Lorsque j'entre dans la salle Naturalia, j'aperçois trois panaches de cervidés qu'il avait pris soin de bien disposer sur une table. Un panache d'orignal et deux de caribous. L'un des panaches de caribou est encore recouvert, en partie, de son velours.

 

Souvent, tout au long de l'entrevue, Raynald accompagnera le geste à la parole en donnant ses explications. L'animateur-scientifique aborde en premier le mythe entourant le nombre d'andouillers sur un panache. Le nombre d'andouillers ou de pointes, commence-t-il…  Il y en a qui disent que le nombre d'andouillers, affirme-t-il en comptant ceux du panache d'orignal : un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit pointes, cela veut dire huit ans. C'est faux cela! Cela fait cinquante ans que j'entends ça.

 

Est-ce que le nombre d'andouillers dans un panache différencie le mâle de la femelle ?

Les andouillers… répond-il. Il faut commencer par la base. Tout ce qui est orignal, cerf, daim, wapiti et caribou font partie de la famille des cervidés. La caractéristique de cette famille-là, c'est de porter des bois2. C'est la règle générale pour la plupart des espèces. Seul le mâle porte des bois. Il y a une exception là-dedans, au Québec, au Canada : c'est le caribou, dont la femelle porte des bois, mais ils sont généralement plus petits. Pourquoi? C'est un mystère! C'est l'exception à la règle.

Il y a aussi naturellement dans la vie d'autres exceptions. Comme par exemple, l'orignal, la femelle. À l'automne, si on voit un gros orignal adulte et c'est bien évident qu'il n'a pas de panache, automatiquement c'est une femelle. Dernièrement, dans la région de Montebello dans l'Outaouais, on a abattu un orignal portant un panache. Et, après avoir éviscéré l'animal, ils se sont aperçus qu'elle avait des organes génitaux femelles, mais elle avait un panache petit. Mais elle avait un panache! Alors, naturellement, il y a toujours des exceptions. Règle générale chez tous les cervidés, il y a seulement le mâle qui porte des bois ou panache. Et les femelles, non. Sauf le caribou.

 

 

Caribou ou renne ? Orignal ou élan d'Amérique ?

J'en profite pour mentionner, quand on fait des recherches (sur Internet ou dans les livres) le caribou et le renne, c'est la même espèce. En Europe, ils vont l'appeler le renne, mais c'est la même espèce que nous ici, au Canada, qu'on appelle le caribou. Tout comme, si vous faites de la recherche sur l'orignal, si vous tombez sur des textes français écrits par des Français, des Suisses ou des Belges, eux, ils vont utiliser le mot élan d'Amérique, mais c'est la même espèce. L'orignal est le plus gros cervidé du monde.

 

Quelle est la différence entre un bois et une corne ?

Pour des gens, peut-être des citadins, ils vont dire : J'ai vu un orignal, il avait des cornes. Le mot corne, c'est réservé par exemple, à des animaux comme le bœuf et le bison, de la famille des bovidés. Je prends par exemple le bison. Ce sont les mâles et les femelles, en général, qui ont des cornes. La corne, c'est une structure permanente rattachée au crâne. Alors que les bois, c'est quelque chose qui va pousser au printemps, qui va s'accroître durant l'été et qui va finir par tomber à l'automne ou à la limite, au début de l'hiver, pour certaines espèces.

 

Panaches dénudés ou panaches avec velours ?

Ici, on a un bois de caribou. On est habitué, en se promenant dans les bois ou quand on voit des trophées de chasse dans les chalets ou sur le capot d'une automobile, on est habitué de voir les panaches dénudés (sans velours). C'est parce que la chasse a lieu durant l'automne.

Prenant dans ses mains le panache du caribou qui a du velours, il m'explique leur développement au rythme des saisons.

Durant le printemps et l'été, pendant que le panache est en croissance, il y a un velours que l'on peut très bien voir ici qui le recouvre. L'automne, c'est la fin de la croissance des bois chez les cervidés, chez nos cervidés. Le panache c'est une structure qu'on pourrait dire plutôt osseuse, pas exactement comme nos os à l'intérieur. Sans velours, le panache ne pourrait pas avoir de croissance. Le velours, en fait, c'est une peau avec un genre de pilosité que l'on peut même voir ici. Parce que si l'on veut que cela pousse, il faut que cela soit un peu comme une branche d'un arbre. La comparaison avec un arbre peut être assez bonne. La sève qui amène la nourriture et aide l'arbre à croître. Il faut que les minéraux se rendent jusqu'aux extrémités. Le velours, c'est alimenté par des petits vaisseaux sanguins que l'on peut deviner ici, fait-il en me les désignant du doigt. Et le velours, tout dépendant de l'espèce, les cervidés vont s'en débarrasser vers la fin de l'été ou au début de l'automne en frottant leurs bois contre les arbres. Par exemple, chez l’orignal en début septembre.

 

Pourquoi un panache ? interroge-t-il.

Surtout, quand on pense à un orignal qui vit dans des forêts, souvent avec des épinettes et des bouleaux parfois assez serrés. Il me semble que c'est une drôle d'adaptation pour se promener en forêt. Mais le but premier du panache et c'est pour cela que c'est le mâle qui le possède généralement, c'est pour séduire les femelles. Probablement, plus le panache est gros, plus la femelle va être attirée. Et, s'il y a deux mâles aux panaches similaires, les orignaux ne se battront pas nécessairement, mais ils vont se jauger3. En théorie, un mâle qui a un petit panache, devant un mâle qui a un gros panache, eh bien, il va s'incliner. Autrement dit, il va décliner. Il va rester célibataire, du moins cette année-là.

Il peut y avoir de temps en temps, des affrontements. Des mâles belliqueux4 qui ont à peu près la même taille de panaches. C'est une des raisons pourquoi au point de vue adaptation-évolution, les cervidés vont perdre leur panache après la période de rut qui a lieu quelque part à l'automne, selon les espèces. Quand le rut est fini, disons vers la fin septembre dans le cas de l’orignal, précise-t-il, cela ne leur sert à rien de trimbaler cela sur la tête. Alors : chute des bois, généralement en novembre pour l’orignal Ici, on peut voir les cercles de pierrures5 (les bourgeons) les bases où étaient les bois, m'indique-t-il de la main.

 

Panaches d'orignal ou de caribou ?

En fait, il y en a qui confondent parfois les deux. Sur le 25 cents, dit-il en tenant une pièce de 25 cents, quand on regarde vite, on voit qu'ils ont quelque chose effectivement de similaire. Ici, on a le caribou, fait-il en montrant le panache de l'animal sur la table. Le caribou ce qu'il a de similaire avec l'orignal, au niveau du panache, c'est qu'il a une partie plate. La partie plate ou les parties plates sont de format beaucoup plus réduit que l'orignal d'une part. D'autre part, on n'a pas un spécimen parfait ici. Le caribou a une partie des bois, on va appeler ça deux branches qui vont vers l'avant et il a une partie généralement beaucoup plus grosse qui va vers l'arrière. Cela ressemble beaucoup plus à des branches, avec à l'extrémité, une petite partie évasée, aplatie. Alors que l'orignal, la partie évasée a une surface beaucoup plus grande.

Finalement, sur le 25 cents, c'est bel et bien un caribou! Même moi, j'ai déjà dit un orignal. Mais, c'est un caribou.

 

La grosseur du panache et le nombre de pointes peuvent donner une indication de l'âge

Cela, c'est sûr! Le panache d'orignal que l'on a ici (disant cela, il touche les andouillers du panache devant nous, et compte rapidement:) deux, quatre, six, huit pointes. Cela m'étonnerait qu'il ait deux ou trois ans. Quand le panache apparaît pour la première année, chez un individu adulte, disons l'orignal, en général, cela commence relativement petit. On a une petite surface. Donc en général, moins d'andouillers. Et, d'année en année, la tendance est que les bois deviennent de plus en plus gros. […] Je dis que c'est une tendance quand l'orignal vieillit, d'avoir des bois plus gros.

Le biologiste me parle alors de la collection des panaches du même orignal qu'il a vue au zoo de Saint-Félicien. Il m'en fait une description sommaire.

Quand on regarde les panaches, on voit qu'au début, cela commence timidement et ça va en croissance. À un moment donné, oups! les panaches sont devenus un peu plus petits. Avec les souvenirs vagues qu'il conserve en mémoire, Monsieur Fortier s'interroge à ce qui a bien pu se produire pour que le panache de l'orignal diminue de la sorte à un âge donné. Est-ce que l'orignal manquait de sel? Était-il affaibli? Était-il malade? À ses questions, il répond : Cela, je ne le sais pas. Et ajoute aussitôt : Alors, il faut faire attention justement, si on veut nuancer la tendance en vieillissant, d'avoir un plus gros panache, puis forcément, un plus grand nombre d'andouillers.

 

Quelques jours après cette entrevue, pour comprendre cette diminution de la taille des panaches et l'âge que pouvait avoir alors l'orignal,  j'ai communiqué par Internet avec le Zoo de Saint-Félicien, pour leur poser la question. Si suite à une diminution de grosseur, le panache de l'orignal avait-il repris du volume l'année suivante?

Le lendemain, je recevais cette réponse de Madame Christine Gagnon, biologiste et directrice pour la conservation et l'éducation du zoo. Reproduite ici, avec sa permission.

 

Nous avons une collection effectivement unique, car nous avons conservé les panaches du même orignal jusqu’à sa mort. C’est vers l’âge de 8 ans ½ et 9 ans ½ que le panache est à son plus grand (pour cet individu, ce n'est pas une généralité). Après, 10 ans ½ et 11 ans ½, le panache est un peu plus petit. L’animal était sur la fin de sa vie, d’où le panache un peu plus petit. Je viens d’aller revoir les panaches et il y a une croissance régulière des bois jusqu’à 8 ans ½ et 9 ans ½ ans et une décroissance par la suite. C’est dû à l’âge de l’animal. Il n’y a pas eu une diminution et une augmentation par la suite comme vous le mentionnez. Il est certain que l’état de santé de l’animal va jouer sur la grosseur des bois. Si l’animal devient trop vieux ou est malade, les bois seront plus petits.

Madame Christine Gagnon, biologiste et directrice conservation et éducation, du zoo de St-Félicien.

 

Les cervidés consomment une grande quantité de sel

Oui, c'est très important, effectivement. Moi, j'ai déjà travaillé au Ministère des transports et on a fait des relevés de collisions cervidés-automobiles. Il y avait un lien très direct avec la présence d'orignaux sur le bord des routes, vers le mois de juin. Parce qu'avec les eaux de fonte qui contiennent du sel, du sel de déglaçage entre autres, les cervidés ont tendance à boire plus souvent à ces endroits-là. Naturellement, les eaux sont composées de sels minéraux. Pour eux, c'est une bonne source d'approvisionnement pour avoir une bonne taille de panache. Malheureusement, en fréquentant plus souvent le bord des routes, ils se font frapper plus souvent aussi.  

 

Le wapiti est le deuxième plus gros cervidé au Canada.

Le wapiti. On le retrouvait au Québec, il y a plusieurs décennies, me raconte-t-il. Puis ajoute : Mais maintenant, on le retrouve surtout dans la section des Rocheuses, Alberta, Colombie-Britannique, Yukon. Le bois du wapiti a plus la forme de celui d’un cerf, comme le cerf de Virginie qu'on appelle souvent le chevreuil. Le chevreuil en soi définit beaucoup d'espèces.

Tout enthousiaste, il me parle des cervidés qu'il a eus l'occasion de voir.

J'ai eu l'occasion de voir autant des orignaux que des wapitis, mais des wapitis, j'en ai vus de très près. J'avais été impressionné par la taille du cou. Toute la musculature. Soulevant un bois de wapiti, il me fait observer :) Des gros panaches peuvent peser plusieurs kilos. Alors, il faut imaginer qu'un animal qui porte cela plusieurs mois sur la tête, pour soutenir cela sur la tête, cela lui prend une très forte bonne musculature au niveau du cou, des épaules et du dos.

 

L'utilité du panache une fois tombé

Une fois tombé, le panache sert de complément alimentaire pour. On pourrait dire de minéraux au porc-épic. De complément pour la croissance de ses propres piquants. Lui aussi, il a besoin de plus de minéraux. J'ai été surpris, il y a beaucoup de petits rongeurs aussi qui y vont à l'occasion et il y a aussi l'ours noir. J'ai déjà vu de profondes entailles dans des bois qui étaient tombées et c'était l'œuvre d'un ours. Les ours ne mangent pas ça comme des chips, mais… ils grignotent.

 

L'entrevue terminée dans la salle Naturalia, en compagnie de Monsieur Marcel Parent (responsable de la salle Naturalia), nous suivons un corridor pour aller voir des trophées de chasse qui sont entreposés dans une pièce non accessible au public. Une fois la porte ouverte, nous découvrons les deux trophées de chasse dont nous a parlés Monsieur Parent, ainsi que plusieurs crânes de cervidés.

 

Deux trophées de chasse : un caribou et un cerf de Virginie

Désignant celui du caribou, Raynald le décrit : On voit bien la tête, la position que je vous parlais des différentes branches. Marcel P. fait observer en regardant les andouillers qui s'avancent vers l'avant du museau : Cela devait les déranger. Les deux plus grandes ont tendance à aller vers l'arrière. En examinant la grosseur de l'animal, il pense que cela devait être une femelle.

À droite, on voit le trophée de chasse d'un caribou et face à nous, celui d'un cerf de Virginie, avec sa gorge blanche. C'est une caractéristique pour le reconnaître.

L'animateur-scientifique me fait observer que le cerf de Virginie c’est notre « chevreuil » du Québec.

 

Devant nous, des crânes de cervidés

En montrant un crâne devant nous, Raynald précise à mon intention : Cela, c'est un crâne typique d'orignal, il n'a pas de protubérances vers l'avant que l'on nomme des assises osseuses comme le caribou. À son tour, Marcel ajoute : C'est à partir de là, que se développe le bois. On voit, où c'est troué, les vaisseaux sanguins.

Regardant ce reste de carcasse, Raynald déclare : Un crâne nous apprend déjà plusieurs choses.

 

La coloration de la fourrure d'un trophée de chasse

Marcel Parent explique ensuite que si la fourrure de l'animal en trophée de chasse peut rester des centaines d'années, on ne peut hélas conserver la coloration de la fourrure de l'animal. À cela, Raynald déclare le plus sérieusement du monde : À moins de le laisser dans l'obscurité. Là-dessus, le responsable de la salle Naturalia fait remarquer au sujet de la coloration de la fourrure : Cela dépend. Si c'est un animal mort qui est resté dans l'eau. Tandis que les pigments des animaux qui vivent à l'air sont plus résistants. Sinon, la coloration peut demeurer longtemps.

 

Des carcasses avec des panaches

Désignant une carcasse avec des panaches, j'interroge : C'est un panache de ? Orignal, répond aussitôt Monsieur Parent, on le voit avec la palette.

Subitement, Raynald s'exclame : Ah, ça c'est vrai !  C'est intéressant. Chaque panache, ma foi, est unique. À côté de lui, Marcel approuve aussitôt cette affirmation. Désignant deux crânes, Raynald fait observer : Ces deux-là ont une certaine similarité, comparés à ceux qu'on a vus dans la salle tout à l'heure. Mais, c'est vrai, il n'y a pas deux panaches pareils! C'est comme un arbre, finalement. Il y a les branches, le corps, les andouillers. Au mot andouiller, Marcel Parent précise pour moi : Les andouillers, c'est chaque partie du panache.

 

Après avoir terminé de prendre mes photos, je les remercie pour toutes les informations et pour cette visite spéciale pour mon article. Une dizaine de minutes plus tôt, Raynald et Marcel avaient déclaré qu'ils seraient incapables de tuer un caribou ou un autre cervidé, car ce sont de trop belles bêtes. Au retour, nous sommes plutôt silencieux qu'à l'aller. Comme si ces animaux naturalisés et les quelques crânes que nous laissions derrière nous, nous avaient rappelé qu'il y a la vie, puis la mort… 

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* Information prise sur le site du Biodôme.

1. Cervidés : Fam. de ruminants pécoras (Pecora). Ce sont de grands mammifères au corps svelte et aux longues pattes. Les mâles seulement ont des cornes pleines et ramifiées = des bois (dans les 2 sexes chez le renne), tombant chaque année (caduques) et renouvelés chaque année après la reproduction. Deux doigts reposent au sol, avec des métacarpiens latéraux rudimentaires, mais avec un sabot.

 

2. Bois de cervidés : Les cornes ramifiées des cervidés, n'existent que chez les mâles et sont bien développées chez les adultes âgés. Elles sont formées d'une substance osseuse dure et non pas de corne. Insérées sur une saillie de l'os frontal, elles présentent un épaississement en anneau (meule) avec saillies arrondies (cercle de pierrures), une tige, le merrain, avec des perlures, et des branches (andouillers) plus ou moins nombreuses. Ils tombent chaque année et sont couverts au début d'un velours qui tombe ensuite.

 

3. Jauger : évaluer les capacités (physiques), synonyme de juger. p..926

 

4. Belliqueux : qui aime la guerre, la violence, p. 194

 

5. Cercle de pierrures : Grosse perlure (saillie arrondie) de la base des bois d'un cervidé (la meule), à l'aspect pierreux.

 

Pour les définitions 1,2 et 5 :

Meyer C., ed. sc., 2014, Dictionnaire des Sciences Animales. [On line]. Montpellier, France, Cirad. [04/01/2014].< URL : http://dico-sciences-animales.cirad.fr/ >

 

Pour les définitions 3et 4 :

Marie-Éva De Villers, Multidictionnaire de la langue française, 5e édition, Montréal, Québec Amérique, Réimpression juillet 2010.