La récolte des Araignées
Tract #15 – 1er Février 1944
par
Frère Servule, F.CH.
Matériel.
Quand le collectionneur d’araignées part en chasse, il doit apporter : un bocal ayant une large ouverture (fig. 1), un autre bocal contenant de l’alcool ou du formol, un filet (fig. 2), un tamis (fig. 3), un morceau d’étoffe grise d’environ une verge carrée, un bon couteau de poche, une petite pince (fig. 4), un calepin et plusieurs petites bouteilles (fig. 5) contenant de l’alcool à 95%. Si l’on a pas le luxe de se procurer de l’alcool à 95%, on peut employer de l’alcool dénaturé ou tout au moins de l’alcool de bois, ou du formol à 4 ou 5%. Les spécimens dans le formol se brisent vite. Tout ce matériel n’est nécessaire que pour les longues excursions.
Ce qu’il faut faire à chaque capture.
Quand on fait une capture, il faut d’abord faire mourir l’araignée dans le bocal contenant l’alcool, puis, avant de faire une autre capture, mettre le sujet dans une petite bouteille avec une étiquette indiquant le lieu et la date (fig. 5). On écris ensuite dans son calepin les notes supplémentaires à côté du numéro correspondant à celui de l’étiquette. On peut y écrire, par exemple, que l’araignée Nº1 a été trouvée errante, au repos sur sa toile, cachée dans son gîte, près de ses œufs, portant ses œufs attachés à ses filières, les tenant avec les crochets de ses chélicères, à l’intérieur de la maison, dans un endroit bien éclairé, dans un coin obscurité comme dans une cave; dans le jardin, parmi les herbes des champs, entre les pierres, sous les pierres, dans les feuilles mortes d’un talus exposé au soleil ou à l’ombre, etc., etc. Toutes ces notes sont d’un grand intérêt pour le chercheur et surtout très précieuses pour l’identificateur.
Comment récolter les araignées
Il faut souvent beaucoup d’habileté et parfois de ruse pour les capturer. Les grandes espèces se prennent assez facilement. Pour la capture de celles qui pendent à leur toile, on place le bocal sous elles, puis une petite tape fait dégringoler l’animal dans le liquide mortel. On fait entrer celles qui courent sur le sol, soit dans le bocal vide, soit dans le filet. Les petites araignées peuvent être prises en fauchant l’herbe ou les buissons avec le filet-fauchoir que l’on retourne ensuite sur la pièce d’étoffe grise étendue à terre. Une étoffe grise fatigue moins la vue d’une étoffe blanche. Pour recueillir celles qui se trouvent dans les arbres, on place ce le filet sous les branches et on secoue celles-ci de la main. Si les branches sont trop hautes, on emploi un bâton. Voici un petit truc pour faire sortir une araignée de sa demeure : on agite délicatement la toile avec un brin d’herbe. Mais il faut être très adroit pour prendre la bête dès sa première sortie; sinon, on ne la revoit plus. Souvent, il est mieux de jeter une mouche sur la toile. Il faut alors avoir soin de mettre la proie assez loin du trou où l’araignée se cache, afin d’avoir le temps de la saisir.
Où trouver les araignées
Il y a un grand nombre d’araignées. Mais où les trouver? Plusieurs petites espèces vivent parmi les feuilles mortes qui sont ni trop sèches ni trop humides. Quelques-unes aiment à vivre dans les feuilles où se trouvent de petits filaments blancs (champignons). Pour recueillir, on tamise une ou deux poignées de ces feuilles au-dessus de la pièce d’étoffe; puis on éparpille sur le drap blanc ce qui reste dans le tamis, en ayant bien soin d’examiner les deux côtés des feuilles.

On trouve encore plusieurs variétés d’araignées dans la tourbe des marais, dans les mousses qui pendent aux rochers, - non dans celles qui y adhèrent trop fortement, - sous les arbres morts, sous les pierres, sur les grèves. Si on visite le tour des étangs, soulève les écorces des vieux arbres, examine les feuilles enroulées, on trouve parfois de très gros seigneurs dans ces palais. Chacun de ces abris est relié au centre du filet par un fil spécial sur lequel l’araignée tient une patte. Ce fil avertisseur lui sert en même temps de passerelle pour rejoindre le malheureux insecte qui a eu l’infortune de s’empêtrer dans les gouttelettes gluantes de la toile. Il faut visiter tous les talus. Certaines espèces affectionnent les talus exposés au soleil; d’autres les talus qui font face au nord, ou bien les ravins sombres. Les excavations en contiennent souvent de très intéressantes. Les naturalistes qui demeurent près des montagnes peuvent faire de très belles trouvailles. A eux d’en profiter. Il est inutile de dire que les araignées se trouvent aussi souvent dans les jardins, dans les granges et les étables, dans les hangars et même dans les maisons y compris la cave et le grenier.
