Les
Arbres de Noël
Tract #40 - 1er juin 1938
par
MARCELLE GAUVREAU
Université de Montréal
Petits enfants, vous aimez les arbres de Noël, sang; doute parce qu'ils
vous annoncent le temps des Fêtes, ou le temps des étrennes.
Comme je vous comprends ! Quelle splendeur que l'arbre de Noël, tout
illuminé, garni de boules brillantes, rouges, vertes, jaunes, bleues,
et chargé de dentelles d'argent, de jouets magiques et de bonbons !
Derrière l'arbre enchanté, vous croyez apercevoir le Père
Noël, avec sa longue barbe blanche et son costume flamboyant, qui vous
apporte de nombreux cadeaux. Ou, mieux encore, vous pensez que le petit Jésus,
- qui vient au monde en cette nuit divine, - vous offre lui-même, par
la main de vos papas et de vos mamans, ces présents merveilleux.
Beaucoup
plus tard, durant l'été, alors que s'est
estompé le souvenir des Fêtes, il vous fait plaisir de retrouver
les arbres de Noël dans le paysage. Vous les reconnaissez aussitôt
parce qu'ils dessinent des taches sombres parmi le vert léger des autres
arbres. Remarquez leur forme conique, leur tronc bien droit, leurs délicates
feuilles en aiguilles sur des rameaux étagés se pro- filant
sur l'horizon clair.
L'hiver venu, beaucoup d'arbres, tels que les érables, les chênes,
les ormes, ont perdu leurs feuilles et ne présentent plus que des branches
dénudées. Mais les arbres de Noël, eux, conservent leur
épais manteau de verdure et dressent toujours, vers le ciel, leur cime
pointue. La neige qui tombe les enveloppe d'une robe éclatante où
brille, en des milliers de petites étoiles, le soleil d'or ! Et durant
les belles soirées d'hiver, au clair de lune, la neige devient étincelante.
Les arbres de Noël ont alors une parure splendide, aussi rayonnante que
dans nos maisons, à l'époque des Fêtes.
Vous êtes-vous déjà demandé, chers petits, enfants, s'il y a plusieurs espèces d'arbres de Noël, et quels sont leurs noms ? Je vous entends répondre. « Les arbres de Noël sont des sapins: ils sentent si bon, si bon!»
Détrompez-vous.. . Les arbres de Noël ne sont pas toujours des sapins. Ils peuvent être aussi des épinettes. Mais comment donc reconnaître les sapins et les épinettes ?
En vous promenant dans les bois, vous pourrez distinguer ces deux arbres d'après leurs fruits, que vous appelez des «cocottes ». Oui ! les sapins et les épinettes portent des cônes, ou « cocottes », formés d'écailles minces et cassantes. Et c'est justement entre ces petites écailles que se trouvent les graines tant recherchées par nos amis les écureuils. Chez le sapin, les cônes ,sont toujours dressés sur les branches du haut (fig. 4), debout comme de petits soldats! Et je vais vous dire l'étrange chose qui leur arrive, à ces cônes, si un sapin, renversé par le vent, gÎt sur le sol. Au bout d'un certain temps, ils vont lever gentiment leur tête vers le ciel ! Pourquoi ? Ils reprennent tout simplement leur position naturelle et s'efforcent de regarder en haut. Chez l'épinette, au contraire, les cônes sont pendants (fig. 1) et regardent la terre. Pauvres petits cônes d'épinettes qui ne voyez pas le ciel bleu.
Mais les arbres de Noël n'ont pas toujours des « cocottes », me direz-vous. Soit. Aussi, pouvez-vous les reconnaître autrement.
Approchez-vous de votre arbre de Noël et touchez-le. Si vous trouvez qu'il est très piquant, votre arbre est probablement une épinette, car l'épinette a de courtes aiguilles raides et pointues. De plus, ces aiguilles entourent entièrement les rameaux comme de petits manchons de verdure. Détachez maintenant une aiguille: vous pouvez vous amuser à la faire tourner entre vos doigts comme une allumette, parce qu'elle est « carrée » (fig. 2).
Bien différentes sont les aiguilles des sapins (fig. 3).. Plates, disposées de chaque côté des rameaux comme les barbes d'une plume (et non autour, comme dans le cas de l'épinette), elles portent à leur extrémité deux petites dents arrondies, très douces au toucher. Les aiguilles des sapins ne piquent pas, et parce qu'elles sont aplaties, il est difficile de les faire tourner entre les doigts. De plus, si votre arbre de Noël est un sapin, vous verrez sur son écorce de petites bosses ou pustules renflées. Donnez un coup d'épingle et une goutte claire de gomme de sapin coulera. La gomme de sapin, à la campagne, est employée pour panser les' petites blessures. La gomme d'épinette, - l'ancienne gomme à mâcher, - durcit rapidement à l'air.
Chers enfants, quand viendront les Fêtes, vous aurez le plaisir de reconnaître les arbres de Noël, - sapins ou épinettes, - chez vous ou chez vos amis. Les arbres de Noël sont nos amis muets. Conçoit-on des amis qu'on ne peut désigner par leur nom ?
Les
plus sérieux d'entre vous ont-ils déjà
réfléchi sur la mort des sapins et des épinettes ?...
Pour que vous ayez la joie de contempler un arbre de Noël, il a fallu
en effet qu'un bûcheron coupât cet arbre et lui enlevât
la vie. Faut-il le regretter ?
Nous devons protéger les arbres de la forêt. Cependant, il est
indispensable d'en sacrifier quelques-uns pour le bénéfice du
plus grand nombre. Voyez ce bois touffu où les branches se croisent
et s'entrecroisent: les arbres sont étouffés, ralentis dans
leur croissance; les racines suffoquent dans le sein de la terre. Enlevons
quelques arbres et faisons une éclaircie dans le bois sombre: voilà
les sapins, voilà les épinettes, libérés, qui
embrassent l'espace! Les racines s'étendent largement pour mieux aspirer
l'humidité du terrain où elles se nourrissent. Le soleil glisse
ses rayon au cœur même de la forêt, et pénètre
jusqu'au sol où dort, parmi les aiguilles mortes, la graine appelée
à devenir grand arbre. La semence lèvera à condition
qu'elle trouve la chaleur nécessaire à son développement.
Et une fois la jeune plantule apparue au jour, elle demande à croître
éperdument, et pour cela réclame sa place au soleil.
Ainsi va la vie, ainsi vont les choses. L'arbre ressemble étrangement
au petit enfant. Pour vivre, il doit respirer, se nourrir, croître,
lutter. Il réclame la montagne ou la plaine, les caresses du soleil,
et un peu de liberté.
Chez nous, l'arbre de Noël est intimement lié à la fête chrétienne de la naissance de l'Enfant-Jésus. Il est devenu une coutume nationale, qui a suscité une petite industrie. Le colon ainsi ajouter à son maigre revenu, et le fermier exploiter avec plus de profit sa parcelle de forêt.
Vous, les parents, offrez à vos chers petits le luxe d'un arbre de Noël. Vous ferez battre de joie leurs petites mains. Vous aiderez aux pauvres gens de la terre ... Et vous fournirez autres sapins et épinettes, ornements de nos bois, le privilège de l'espace qui leur permettra de s'épanouir dans toute leur beauté!
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