Coup d'Oeil sur le Monde des Insectes
Tract #4 - 29 avril 1932
par
GUSTAVE CHAGNON
Université de Montréal

Les myriades d'insectes que nous voyons généralement autour de nous, la Mouche domestique qui vit dans nos villes en nombre incalculable, les Criquets qui dévastent la végétation de nos champs, les moustiques qui bourdonnent à nos oreilles et nous harcèlent sans cesse dans nos excursions à la campagne, les éphémères et les Phryganes qui voltigent en essaims épais le long de nos rivières et qui forment ces longues traînées d'insectes morts flottant à la surface des eaux, sont loin de donner une juste idée du nombre immense de ces petits animaux qui peuplent nos champs et nos bois. La plupart passent inaperçus et ne révèlent leur présence qu'à l'entomologiste exercé ou à l'observateur des grandes choses de la nature.

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Les insectes comprennent plus d'espèces que tous les autres groupes d'animaux réunis, et chaque jour de nouvelles découvertes viennent en grossir le nombre. Les entomologistes ont décrit jusqu'à ce jour plus de 550,000 espèces d'insectes, et ce nombre déjà prodigieux est encore loin de représenter le chiffre réel des espèces existantes. Les faunes entomologiques d'immenses étendues de pays n'ont pas encore été étudiées, et celles des pays civilisés ne l'ont été que bien imparfaitement. Lorsque les insectes de ces parties du monde encore peu explorées seront assez bien connus, le chiffre que nous en connaissons aujourd'hui sera, sans exagération, multiplié quatre ou cinq fois.

L'entomologie est la partie de la zoologie qui, sans contredit, a le plus grand nombre d'adeptes. La grande variété des espèces, la facilité avec laquelle ces petits animaux peuvent se récolter et se conserver dans les collections, leurs formes bizarres, leurs mœurs, leurs habitudes étranges et souvent leur beauté de coloris ont largement contribué à attirer l'attention de la plupart de ceux qui s'intéressent à l'histoire naturelle.


Les insectes fourmillent pour ainsi dire partout. L'air en est rempli; on les voit sur le sol, sous les pierres, sous les débris de toutes sortes; sur les plantes, sur les arbres, dans les matières végétales et animales en décomposition; dans nos habitations et dans l'eau. Certains, aux habitudes étranges, ont une vie parasitaire, vivant sur d'autres insectes et même sur des animaux vertébrés.

Durant les froids de l'hiver et lorsque les neiges couvrent le sol, les insectes continuent d'exister, mais ils sont inertes, sans mouvement; leur vie est comme suspendue en une léthargie que les premiers rayons du soleil printanier réveillent; ils reviennent à la vie normale, retrouvent peu à peu toute leur activité et recommencent leur rôle dans la nature.

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Les entomologistes ont divisé la vaste classe des Insectes en plusieurs ordres dont les principaux sont les suivants:

1° Les LÉPIDOPTÈRES ou Papillons qui se divisent en deux grands groupes ou sous-ordres: les Rhopalocères ou pa pillons diurnes et les Hétérocères ou pa pillons nocturnes. Ceux du premier groupe sont les mieux connus et frappent par l'éclat de leurs couleurs; ils sont généralement l'objet des premières attentions du débutant en entomologie. On voit ces superbes et imposants insectes dans les ch,amps et le long des bois par les journées ensoleillées, visitant les fleurs dont ils boivent le suc. Quelques espèces, aux couleurs ternes, préfèrent la fraîcheur des bois et ne se hasardent que rarement dans un rayon de soleil.

Les Hétérocères, de beaucoup plus nombreux que les Rhopalocères, sont crépusculaires ou nocturnes. Un grand nombre d'espèces, cependant, petites pour la plupart, sont actives le jour comme la nuit; citons, par exemple, certains Pyralidés de toute beauté, habillés de blanc argent avec lignes et points d'or.
Tous les papillons hétérocères sont attirés, la nuit, par nos lumières, et ce sont là des moments que le chasseur d'insectes ne doit jamais négliger, car il y fera ses plus belles captures, en petites et grandes espèces. Les nuits calmes et chaudes avec un ciel nuageux annonçant une pluie prochaine, sont invariablement les meilleures pour la récolte des papillons, et le chasseur renseigné préparera ses lampes en conséquence. Une autre méthode, employée très souvent pour prendre les papillons nocturnes en nombre consiste à enduire ou badigeonner le tronc des arbres ou quelques planches, d'un mélange de mélasse, de cassonade et de vinaigre brun. Le badigeonnage se fait environ une demi-heure avant la noirceur. Le mélange répand une forte odeur de sucre, et bientôt arrivent de tous côtés des centaines de papillons qui s'y abreuvent dans une attitude immobile qui permet au chasseur de prendre ou plutôt d'embouteiller les espèces de son choix. Les Catocala, nos plus grands et plus beaux Noctuidés, ne se prennent guère qu'au sucre.

2° Les ORONATES ou Libellules sont un autre ordre d'insectes susceptibles d'attirer les regards du collectionneur par l'élégance de leur vol, leur forme gracieuse et leur brillante coloration. Leur capture au vol est généralement difficile et demande beaucoup d'habileté. Le groupe des Agrionides est composé d'espèces à abdomen très grêle, et leurs ailes se plient verticalement au repos; leur vol est beaucoup plus lent et elles se laissent facilement approcher.

Les Libellules déposent leurs œufs dans l'eau des étangs, des ruisseaux et au bord des rivières, et leurs nymphes y passent toute leur vie. Celles-ci, au moment de leur transformation en insecte parfait, laissent leur milieu liquide et grimpent le long des plantes aquatiques ou sur les pierres. Elles sont très voraces et se nourrissent de proies vivantes. Elles s'élèvent très bien en captivité et sont des sujets d'aquarium très intéressants. La chasse aux nymphes se fait généralement le printemps, au moyen d'un filet dont le cerceau est assez solide pour racler les débris et la vase du fond des eaux. Les dépouilles nymphales ont leurs caractères ,spécifiques bien marqués et doivent se conserver en collection comme les adultes.

3° Les COLÉOPTÈRES sont de tous les insectes les plus faciles à chasser, et leurs téguments durs et épais se prêtent merveilleusement bien à leur conservation dans les collections.

Ces insectes semblent être les favoris des entomologistes, aussi en connaît-on aujourd'hui environ 250,000 espèces. Et ce nombre augmente rapidement, si l'on en juge par la lecture des revues entomologiques américaines et européennes qui regorgent de descriptions de nouvelles espèces de coléoptères provenant du monde entier.

Les Coléoptères se rencontrent sur le sol, dans les matières végétales et animales en décomposition, sur les végétaux et dans les eaux douces. Il y en a même qui vivent avec les fourmis. Les Carabidés, famille très nombreuse en espèces, se prennent sous les débris de toutes sortes, sous les pierres et. sur la terre humide des bords des rivières et des ruisseaux. Plusieurs familles sont composées d'espèces aquatiques parmi lesquelles on remarque les Dytiques, insectes de très forte taille. Les vieux arbres et les, souches abritent nombre de superbes Cérambycides, Élatérides, etc. Les chairs en décomposition, les petits cadavres d'animaux fourmillent de Staphylinides, d'Histérides et de Silphides. Les Champignons ont leur faune particulière et donnent une foule d'espèces intéressantes dans le groupe des Clavicornes; certains sont habités par un étrange insecte couvert de fortes rugosités appelé Bolitotherus. Enfin, citons l'immense groupe des Phytophages et Rhyncophores, tous plus ou moins nuisibles à la végétation, à nos forêts et à nos produits agricoles.

4° Les HÉMIPTÈRES constituent aussi un ordre riche en espèces. Ils vivent tous du suc des plantes, à l'exception de quelques-uns qui sont carnassiers et buveurs de sang. D'autres sont aquatiques, comme les Léthocères, punaises géantes que l'on rencontre dans nos étangs et nos ruisseaux, et dont on doit se méfier à cause de leur terrible piqÙre au subtil venin. Ils sont avides de sang et attaquent sans merci têtards, grenouilles et même poissons, comme j'ai pu le constater chez des individus en captivité. Quelques espèces exotiques de cefî animaux mesurent jusqu'à près de quatre pouces de longueur et sont, sans doute, la terreur des eaux qu'elles habitent. Les Hémiptères renferment aussi les Cigales dont nous entendons le chant durant les belles journées de juillet et d'aoÙt.Nos régions tempérées en ont peu d'espèces, mais elles sont très nombreuses dans les pays plus chauds.

5° Les Criquets et les Blattes (coquerelles) qui appartiennent à l'ordre des ORTHOPTÈRES, sont bien connus; les premiers par les dégâts qu'ils causent à nos champs, les autres qui infestent souvent nos habitations. Nos Blattes les plus communes sont: la Blatte orientale, introduite d'Asie, et la Blatte germanique, introduite d'Europe. Les Orthoptères nous offrent les plus fortes tailles de la classe des Insectes; certains Phasmides des climats chauds présentent une longueur de neuf à dix pouces; d'autres ont les formes les plus bizarres, ressemblant d'une manière frappante aux feuilles d'arbres.

6° Les HYMÉNOPTÈRES comprennent une infinité d'espèces dont une infime partie seulement a été étudiée. Ce sont d'abord les Tenthrédinides ou mouches-à-scies dont les larves, ressemblant à des chenilles de papillons, dévastent souvent le feuillage de nos arbres forestiers et fruitiers; la plupart des autres familles qui complètent cet ordre d'insectes sont utiles à l'homme. Ce sont les abeilles, qui nous donnent le miel, et d'autres espèces du même groupe qui aident à la pollinisation des fleurs; les guêpes, qui remplissent leurs nids d'araignées ou d'autres bestioles malfaisantes; les fourmis, qui vivent en société et dont l'histoire est si passionnante; enfin l'immense groupe des parasites, Ichn\:Jumonides, etc., qui vivent aux- dépens d'insectes pour la plupart nuisibles à notre végétation.

7° Les DIPTÈRES comptent actuellement environ 60,000 espèces, et, comme chez les autres ordres, le nombre des espèces qui restent à découvrir est très considérable.

On range parmi les Diptères, les Culicides et les Simuliides (maringouins et brÙlots), cruels insectes que tout le monde connaît. On sait que la malaria est transmise à l'homme pàr des Culicides du genre A nopheles. Il y a aussi les Muscidés au nombre desquels se trouvent notre Mouche domestique, redoutable à cause des germes de maladies diverses qu'elle peut déposer sur nos aliments, et, en Afrique équatoriale, les terribles Glossines ou mouches tsé-tsé, qui causent de grands ravages par leur piqÙre, inoculant des Trypanosomes à l'homme et aux animaux, et provoquant la maladie du sommeil.

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