Les Algues Marines
Tract #38 - 26 avril 1937
par
JULES BRUNEL
Université de Montréal
Les Algues sont des plantes sans fleurs, pourvues de chlorophylle, et dépourvues
de racines, de tiges, de feuilles, ces organes étant définis
non d'après leur forme extérieure mais d'après leur
structurel.
Certaines Algues sont constituées par une cellule unique, tandis que
d'autres, comme les Fucus et les Laminaria, ont une organisation complexe.
Le corps de la plante, chez les Algues, s'appelle un thalle.
Rien n'est plus varié que la forme et la structure des Algues, ce qui
rend assez difficile leur classification. Nous nous bornerons ici à
les réunir en quatre groupes principaux, d'après les pigments
qui les colorent: les ALGUES BLEUES (Myxophycées), les ALGUES VERTES
(Chlorophycées), les ALGUES BRUNES (Phéophycées), les
ALGUES ROUGES (Rhodophycées). Laissons de côté ici les
Algues bleues, peu intéressantes sans microscope.
Les Algues marines vivent de préférence sur les rochers submergés,
dans des eaux claires et agitées; les plages de sable, les eaux calmes
ou malpropres ou mélangées d'eau douce, n'abritent qu'un petit
nombre d'espèces. Sur les côtes du golfe Saint-Laurent ou de
l'Atlantique, on peut récolter à la main toutes les Algues que
découvre la marée. D'autre part, beaucoup d'Algues devront être
récoltées à l'aide d'une embarcation outillée
pour le dragage.
On sait que la lumière solaire ne pénètre pas à
une très grande profondeur dans la mer; or, les Algues ne pouvant vivre
à l'obscurité totale, toute végétation cesse à
une profondeur variant de 300 à 600 pieds selon la transparence des
eaux.
D'une façon générale, les Algues marines présentent
une zonation verticale assez nette: les Algues vertes occupent la zone la
plus rapprochée du rivage, les Algues brunes occupent la zone moyenne,
tandis que les Algues rouges dominent à une certaine profondeur.
Les plus connues parmi les ALGUES VERTES (Chlorophycées) sont probablement les Ulva (fig. 2), appelées parfois Laitues de mer, qui couvrent souvent de grandes étendues de rivage, et dont les frondes très minces ondulent gracieusement dans l'eau. Dans les mêmes habitats se rencontrent les Enteromorpha (fig. 1), aux thalles allongés et tubuleux.
Mais c'est aux ALGUES BRUNES (Phéophycées) qu'appartiennent les espèces les plus familières: les Fucus (fig. 5), appelés communément « varech», dont les frondes courtes et souvent boursouflées couvrent d'une végétation dense les rochers découverts à marée basse; l'Ascophyllum (fig. 4), ressemblant aux Fucus mais dépourvus de nervure médiane et dont les flotteurs sont des renflements de l'axe principal; les Laminaria (fig. 10), qui constituent le « goémon », utilisé largement comme engrais par les agriculteurs des régions maritimes, et dont les frondes larges et très longues rappellent les feuilles de certaines plantes tropicales; le Chorda Filum (fig. 3), que les Anglais appellent « devil's shoe-string» (lacet du diable), et dont le nom indique la forme, celle d'une longue corde brun foncé, lisse ou poilue. C'est également aux Algues brunes que se rattachent les Sargasses, inconnues sur nos côtes, mais qui forment d'immenses prairies flottantes en plein Atlantique, entre les Açores et les Antilles, prairies connues depuis Christophe Colomb, et constituant ce qu'on appelle aujourd'hui la « mer des Sargasses », une mer sans rivages, une mer dans une autre. Sur la côte du Pacifique, depuis l'Alaska jusqu'en Amérique du Sud, se rencontrent les géants du monde des Algues: les Macrocystis, atteignant environ 150 pieds de longueur, et les Nereocystis, qui mesurent de 50 à 60 pieds. Ces derniers ont une forme assez étrange: un long pédicelle gros comme un câble, terminé par un flotteur en forme de boule creuse ressemblant à une tête humaine, le tout sur~onté de quatre ou cinq longues lanières analogues à nos Laminaires.
Les ALGUES ROUGES (Rhodophycées) sont moins bien connues, parce qu'elles habitent plus loin des rivages, mais les vagues les arrachent souvent et les rejettent à la rive. Les plus jolies d'entre elles, dans nos régions, sont le Ptilota pectinata (fig. 9), au thalle ramifié et joliment découpé en dents de peigne; le Rhodymenia palmata (fig. 7), dont les frondes larges et arrondies ont un aspect très caractéristique; le Delesseria sinuosa (fig. 6), pourvu de nervures et qui ressemble un peu à une feuille; le Chondrus crispus (fig. 8), dont les thalles foncés et irisés croissent en grandes colonies, à la façon des Fucus. Les Algues rouges sont vraiment les joyaux de la mer, mais comme tous les joyaux elles n'atteignent jamais de très grandes dimensions.
* * *
La
récolte des Algues marines, destinées aux collections
scientifiques ou aux collections d'amateurs, diffère naturellement
un peu de la récolte des plantes à Heurs. Il faut d'abord se
munir d'un seau rempli d'eau de mer, chausser des souliers de toile... et
ne pas avoir peur de se mouiller! Si la marée est haute, on
longe
le cordon littoral où un bon nombre d'espèces
sont rejetées, spécialement après une forte tempête.
Si la marée est basse, on explore toutes les flaques entre les rochers,
et les rochers eux-mêmes sur lesquels beaucoup d'espèces sont
fixées. Tous les spécimens récoltés sont placés
dans le seau et transportés au laboratoire ou à la maison, suivant
le cas. On prend ensuite un grand bassin plat, comme ceux dont se servent
les photographes, et qu'on remplit d'eau de mer. On glisse dans l'eau la feuille
d'herbier, puis le spécimen à monter, qu'on dispose convenablement
avec les doigts ou avec des aiguilles. On retire ensuite la feuille de papier,
sur laquelle le spécimen se fixe de lui-même.
On laisse égoutter quelques instants, puis on recouvre d'un morceau
de « coton à fromage» et d'un papier buvard épais
ou papier sécheur. On dispose ensuite le paquet entre deux planches,
qu'on serre avec une courroie, ou bien que l'on place sous une grosse pierre,
Si l'on emploie une presse botanique, la pression doit être légère.
Après quelques heures, les cartons-sécheurs chargés d'eau
sont remplacés par des cartons secs, et cette opération est
répétée jusqu'à ce que les spécimens soient
bien desséchés.
Une étiquette, indiquant la localité et la date de la récolte,
doit accompagner l'échantillon durant toutes ces manipulations.
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Les Algues marines offrent aux naturalistes amateurs qui ont l'avantage de vivre ou de faire un séjour près de la mer un admirable sujet d'études, et tous les jeunes naturalistes des régions maritimes devraient se constituer un petit herbier de ces plantes étranges et souvent si belles. Ils devraient même faire de petites collections en série qu'ils pourraient échanger ensuite avec leurs confrères des régions éloignées de la mer.

30,000-26-4-37.