Dissection
de l'Érythrone d'Amérique
Tract #34 - 26 avril 1937
par
JACQUES ROUSSEAU
Université de Montréal
1. NOTES MORPHOLOGIQUES.
RACINES:
filiformes, fixées sous le plateau du bulbe.
TIGE: bulbe (formé par l'union de la tige souterraine; plateau du bulbe
- et de feuilles rudimentaires) surmonté d'un rameau herbacé
(8-10 cm.). La portion enfouie dans le sol est généralement
blanche, la partie aérienne teintée de pigment rouge (ces pigments
ne se développent bien qu'à la lumière).
FEUILLES: chez les plantes fertiles, deux feuilles alternes.
Ces feuilles semblent opposées et insérées au même
point; mais la base de l'une - la feuille supérieure - est recouverte
par la base de l'autre. Deux parties: le pétiole et le limbe. Chez
les plantes stériles, feuille simple.
PÉTIOLE: engainant (Le. enveloppant la tige à la base); ailé
(Le. bordé de chaque côté par la base rétrécie
du limbe). Chez les plantes stériles, pétiole très long,
creusé en gouttière sur la face supérieure, près
du limbe.
LIMBE: la feuille inférieure, qui ressemble à la feuille de
la plante stérile, est oblongue ou oblongue-lancéolée,
atténuée à la base, aiguë au sommet et terminée
par une petite pointe raide, longue d'un mm. Près de cette pointe,
le limbe est légèrement creusé en cuiller. Le limbe est
marbré de brun, cireux et semi charnu. Le limbe de la feuille supérieure
est plus étroit que celui de la feuille inférieure (généralement
les deux tiers de la largeur), mais aussi long. Au sommet la feuille ne porte
généralement pas de pointe, mais est creusée en cuiller
et ciliée. (Cils longs d'un dixième de mm.; observables à la
loupe seulement. )
INFLORESCENCE: une seule fleur campanulée (Le. en forme de cloche), portée sur un pédoncule de 12-15 cm. de longueur.
FLEUR: composée d'un périanthe (ensemble des pièces, sépales et pétales, - entourant la fleur), d'étamines, d'un pistil.
SÉPALES (pièces
externes dont l'ensemble constitue le calice):
trois pièces jaunes, teintées d'un pigment rouge brun, l'anthocyane,
surtout à la base; elliptiques-lancéolées, courbées
vers l'extérieur, aiguës et très légèrement
ciliées au sommet.
PÉTALES: trois pièces (constituant la corolle) alternant avec les sépales, plus larges; jaunes, peu teintées d'anthocyane sauf sur la face dorsale, le long de la nervure médiane; elliptiques; courbées vers l'extérieur; aiguës au sommet, présentant latéralement, à la base, des saillies.
ÉTAMINES (appareil mâle): au nombre de six (longueur moyenne 15-17 mm.). Trois sont insérées à la base des sépales (étamines épi sépales), et trois à la base des pétales (étamines épi pétales). Anthères rouges ou jaunes (renfermant du pollen jaune), portées sur des filets courts, ailés (Le. aplatis et membraneux à la marge), plus ou moins verdâtres. L'extrémité aiguë du filet pénètre quelque peu dans l'anthère. Les filets des étamines épi sépales sont plus courts que ceux des étamines épi pétales.
PISTIL (appareil femelle): ovaire surmonté d'un style, terminé par un stigmate.
OVAIRE: en forme de pyramide triangulaire renversée. En coupe transversale; présente trois loges renfermant chacune des ovules portés sur l'axe central. Hauteur moyenne: six mm.
STYLE:
mince à la base, élargi en massue au sommet,
triangulaire. Sur chaque face, au centre, dépression longitudinale.
Longueur moyenne: 10 mm.
STIGMATE
(partie supérieure du pistil qui reçoit
les grains de pollen; ceux-ci germent, poussent un prolongement qui se fait
un chemin à travers le tissu tendre du style et se rend dans l'ovule
pour y féconder la cellule reproductrice femelle, l'oosphère).
Stigmate trilobé, finement papilleux. Observer que le nombre de lobes
du stigmate correspond au nombre de loges de l'ovaire.
L'ovaire provient de la soudure de trois feuilles transformées - les
carpelles - portant des ovules à la marge. L'ovaire de l' Érythrone
est formé de trois carpelles fermés et concrescents (i.e. soudés);
chacun correspond à une loge.
2. CLASSIFICATION.
SOUS-RÈGNE DES VASCULAIRES. La plante est pourvue de
racines qui permettent l'absorption des liquides du sol, et de vaisseaux (notamment
les nervures des feuilles) qui transportent la sève. C'est donc une
plante vasculaire. Si la plante n'avait, comme les Champignons, ni racines,
ni vaisseaux, elle serait dite invasculaire.
EMBRANCHEMENT DES SPERMATOPHYTES. La plante, qui a un appareil reproducteur apparent (la fleur) est une Spermatophyte. S'il n'y avait pas de fleurs, comme chez les Fougères, ce serait une Ptéridophyte.
CLASSE DES ANGIOSPERMES. Les ovules sont réunis dans un ovaire clos, ce qui est le propre des Angiospermes. Les Conifères à ovules nus portés sur les écailles des cônes, sont des Gymnospermes.
SOUS-CLASSE
DES MONOCOTYLES. Une dissection de la graine démontrerait
qu'elle est formée d'une seule cotyle (feuille embryonnaire). Le haricot,
au contraire, a deux cotyles. Cependant, ces caractères transitoires
sont peu pratiques. Il en existe d'autres, liés au nombre de cotyles,
comme la disposition des nervures.
Les feuilles des Monocotyles ont des nervures parallèles. Celles des
Dicotyles ont des nervures ramifiées et réticulées. Il
n'y a que peu d'exceptions; les Trilles, par exemple, bien que Monocotyles,
ont des nervures ramifiées.
FAMILLE DES LILIACÉES. Les principaux caractères de la famille sont: périanthe de six pièces pétaloïdes (i.e. à sépales colorés comme les pétales); six étamines; ovaire à trois loges, supère (i.e. ovaire situé au-dessus de l'insertion des sépales et des pétales).
3. OBSERVATIONS SUR LE TERRAIN.
Les
plantes bulbeuses fleurissent tôt, grâce aux
réserves accumulées dans le bulbe, l'année précédente.
Lorsque la graine est mûre, en juin, la plante se fane et s'affaisse
sur le sol. L'Brythrone est un type parfait de ces plantes, qui, ayant besoin
de la pleine lumière, doivent produire la phase aérienne de
leur cycle vital dans les quelques semaines qui s'écoulent entre la
fonte des neiges et l'apparition des feuilles sur les arbres à feuillage
décidu.
La graine, qui germe le printemps suivant, forme d'abord une petite plantule
poussant dans le sol un petit bulbe. La deuxième année apparaît
la première feuille. Chaque année, durant trois ans, le bulbe
donne ainsi une plante stérile. Ce n'est que la quatrième année
que le bulbe produit une plante capable de fleurir. Pendant tout ce temps,
le bulbe continue à s'enfoncer dans le sol, si bien qu'il est terré
à six pouces de profondeur lorsqu'il peut fleurir. Chaque année,
ce bulbe émet trois courtes tiges souterraines produisant chacune un
bulbe. Ceux-ci, à leur tour, donnent l'année suivante trois
nouveaux bulbes et ainsi de suite.
30,000-26-4-37.