Le
Fléau de l'Herbe à la puce
Tract #31 - 26 avril 1937
par
RENÉ BOUDRIAS et BENOÎT ROUSSEAU
Service provincial d'Hygiène
Parmi les ennuis variés auxquels sont exposés les baigneurs,
les excursionnistes et tous les fervents de villégiature, il n'y a
peut-être rien de plus désagréable que l'empoisonnement
causé par l'Herbe à la puce. La dermatite bulleuse que cette
plante produit l'emporte en gravité sur celle qui est due à
la piqûre de l'Ortie, autre plante nuisible, et elle est souvent aussi
sérieuse et aussi résistante que l'urticaire attribuable à l'ingestion
de certains aliments.
L'Herbe à la puce ou Sumac vénéneux (en anglais "Poison
Ivy"), est un arbuste, quelquefois grimpant ou traînant, de la
.
famille des Anacardiacées. Elle est originaire de l'Amérique
du Nord. Dans notre province, elle se rencontre dans la vallée de l'Outaouais
et du Saint-Laurent, et on la trouve jusque sur la baie des Chaleurs. Il est
à noter tout spécialement que le promontoire de la ville de
Québec et le mont Royal en sont généreusement pourvus.
Description.
Le
Sumac vénéneux est une plante à pousse
généralement basse (de un à quatre pieds environ) qui
infeste surtout les terrains secs et incultes, envahissant parfois les clôtures,
grimpant aux arbres, couvrant les berges des cours d'eau.
On reconnaît l'Herbe à la puce par ses feuilles généralement
d'un vert sombre, portant une ou plusieurs grosses dents (manquant parfois),
divisées en trois folioles comme celles du Trèfle et du Fraisier,
mais lisses, raides ou parcheminées. À l'aisselle de ces feuilles
naissent, au commencement de l'été, des grappes peu apparentes
de petites fleurs blanches qui font bientôt place à des fruits
également blanchâtres, ronds, de la grosseur d'un pois.
A l'automne, le feuillage tourne au rouge ou au jaune vif.
Toxicité.
La plante est dangereuse toute l'année, quoique l'été soit la saison où elle fait le plus de victimes.
C'est dans la tige et les jeunes feuilles surtout que se trouve contenu le suc résineux, extrêmement âcre et vésicant, qui, au contact de la peau, surtout de la peau humide, l'irrite fortement et y détermine la formation de vésicules séreuses. Le suc doit cette propriété à une huile fixe, appelée toxicodendrol, dont une quantité infime (un millième de milligramme) suffit à provoquer l'irritation.
Les divergences d'opinions sur la susceptibilité individuelle à l'intoxication sont nombreuses. Certaines personnes seraient complètement réfractaires, d'autres particulièrement réceptives. Quoi qu'il en soit, on peut affirmer qu'il n'y a pas de récurrence annuelle de cette dermatite, sans nouveau contact. La condition essentielle pour provoquer l'empoisonnement est le contact avec le suc vénéneux de la plante même, ou avec les sérosités de personnes déjà atteintes.
Évolution de l'empoisonnement.
Toutes les parties du corps sont susceptibles d'être affectées par l'Herbe à la puce.
Au début, la peau rougit, puis se tuméfie par plaques irrégulières produisant une douleur cuisante. De quelques heures à quelques jours après commence l'éruption elle-même qui se caractérise par des élevures rouges, ou blanches cerclées de rouge, évoluant en ampoules qui sont d'identification facile sur le dos des mains, les avant-bras et la figure, et provoquent des démangeaisons intenses. Ces « cloches» finissent par se dessécher et former des croûtes épaisses qui disparaissent peu à peu. C'est l'indice de la guérison.
Traitement.
Le plus souvent le mal s'installe rapidement. Lorsqu'on a lieu de craindre l'intoxication, il est temps de la prévenir ou, du moins, d'atténuer les conséquences de l'accident. Le moyen est de faire disparaître l'huile de la surface par un lavage à l'eau courante et au savon. À plus forte raison doit-on recourir à cette formule bien simple quand une enflure suspecte a déjà donné l'alerte. C'est ainsi d'ailleurs qu'il faut faire débuter le traitement. La seconde phase consiste à neutraliser le poison resté libre qui a déjà atteint la profondeur des tissus. On préconise à cet effet les sels métalliques et, en particulier, le perchlorure de fer (une once de teinture diluée dans deux onces d'eau).
On
applique le mélange en lotion sur les pustules crevées
aseptiquement et circonscrites avec de la teinture d'iode. Les oxydants, tels
que le permanganate de potassium en solution de 2 à 4%, l'eau oxygénée
(peroxyde d'hydrogène), la solution d'hypochlorite de soude (Sol. Dakin)
méritent également l'attention.
Dans les cas persistants, un traitement protecteur analogue à celui
des brûlures s'impose: emploi d'onguent de zinc, de lanoline ou de lotion
de calamine phénolée, etc. Il faut bien se garder de saupoudrer
les plaies avec des poudres sèches, talc, acide borique !talitres,
qui entravent la guérison.
Enfin, s'il advient que l'empoisonnement, superficiel au début, prenne une tournure plus sérieuse en s'accompagnant d'une élévation de température, il est nécessaire que le malade se mette, sans tarder, sous la surveillance de son médecin. Tous les cas sont loin d'avoir la même forme bénigne décrite dans cet article, elles aspects de l'infection peuvent varier à l'infini.
Extirpation.
Résumons ici les moyens recommandés par le Ministère fédéral de l'Agriculture pour combattre ce fléau.
L'arrachage à la main est pénible, mais souvent c'est encore : procédé le plus simple et le meilleur autour des maisons et des dépendances, là ou la plante s'enracine peu profondément. Toutefois, seules les personnes bien averties devront risquer ce travail délicat, tout en revêtant quand même des gants et des bottes en caoutchouc lavables. La culture du sol devient ensuite la meilleure arme que l'on puisse employer contre cette plante.
En second lieu, viennent les moyens chimiques de destruction: le sel, le pétrole et (l'autres huiles combustibles peu coûteuses qui sont des stérilisateurs puissants et qui peuvent s'employer là où il n'y a aucun inconvénient: danger d'incendie, etc. Enfin, quelques produits spéciaux, au nombre desquels il faut signaler les chlorates, notamment le chlorate de calcium, à cause de son efficacité reconnue et de son emploi facile.
* * *
Le Rhus Vernix L, qui existe dans les grands marécages de Laprairie, de Sorel, et probablement ailleurs, est encore plus toxique que l'Herbe à la puce proprement dite. C'est un arbuste plus élevé, à feuilles pennées portant de 7 à 11 folioles. Il ressemble quelque peu au Sumac vinaigrier (Rhus typhina L.) dont il se distingue surtout par l'absence de poils.

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