L'organisation d'un Herbier
Tract #3 - 15 avril 1932
par
JACQUES ROUSSEAU
Université de Montréal
La technique de l'herborisation et de - la conservation des plantes d'herbier.
se ramène à quelques opérations qu'il importe de suivre
fidèlement.
1. LA RÉCOLTE DES SPÉCIMENS.
La
récolte des arbres et des arbustes se fait du printemps
à l'automne. On ne conserve que des rameaux soit fleuris, soit simplement
feuillés; mais comme la plupart des arbres fleurissent avant d'avoir
leurs feuilles, l'on conseille d'en faire des récoltes aux deux périodes.
Il est quelquefois intéressant de récolter aussi.
des lambeaux d'écorce, surtout lorsqu'il s'agit des Bouleaux et des
Merisiers. Les collections d'Aubépines (cenelliers) demandent une méthode
toute particulière. Il faut des spécimens en fleurs avec des
notes sur le nombre et la couleur des étamines, et des spécimens
en fruits. A la première récolte, au printemps, on fixe sur
l'arbuste un jeton de métal numéroté qui permet de le
reconnaître facilement lorsque les fruits sont mûrs. Ce soin est
indispensable, car on trouve souvent plusieurs espèces d'Aubépines
très ressemblantes dans une même haie ou une même touffe.
Les
plantes herbacées se récoltent en fleurs ou
en fruits. Ces parties sont généralement nécessaires
pour la détermination des espèces. On récolte aussi les
racines toutes les fois que cela est possible, sauf lorsqu'il s'agit d'Orchidées
ou, en général, de plantes rares; il convient alors de laisser
dans le sol les racines et les rhizomes (tiges souterraines), afin d'éviter
l'extermination de ces espèces. Les racines doivent toujours être
soigneusement nettoyées au moment de la récolte.
Sur le terrain, l'amateur-botaniste portera un cartable (fig. 1) constitué
par deux solides cartons réunis par une courroie et contenant,un certain
nombre de 'feuilles de journaux pliées en deux (soit environ 17 pouces
par 11), entre lesquelles les plantes sont étalées dès
leur récolte (fig. 4), L'expérience a montré que cette
méthode est la meilleure. Il faut autant que possible remplir chaque
feuille et ne pas se contenter d'y déposer seulement un spécimen
fragmentaire. Quand il s'agit de petites plantes de 1 à 2 pouces de
hauteur, chaque feuille devrait en contenir de 15 à 20;
pour des plantes de 4 à 5 pouces, 3 ou 4 spécimens suffiront,
et ainsi de suite. Les plantes trop longues peuvent être pliées.
II. L'ÉTIQUETAGE.
L'étiquette qui accompagne la plante doit porter les indications suivantes:
(a) Le nom latin et le nom français. Quand il y a lieu, on ajoute le nom vulgaire.
(b) La localité (avec indication du comté) où on a fait la récolte.
(c) La date de la récolte.
(d)
L'habitat, c'est-à-dire le milieu où la plante
croit.
Par exemple: bois humide, champs incultes, bois d'épinette, tourbière,
ruisseau vaseux, rocher sec, etc.
(e) Le nom du collecteur.
(f) Un numéro d'ordre, afin de ne pas confondre les récoltes de plantes qui se ressemblent, faites la même journée, dans la même localité. Ces numéros représentent l'ordre chronologique de toutes les récoltes différentes faites par une même personne. Les.spécimens semblables venant de la même plante cu de la même colonie portent tous le même numéro.
Certaines
collections d'amateurs sont sans valeur parce qu'on y a négligé l'étiquetage. Il est important d'inscrire
sur des étiquettes provisoires, dès la récolte des spécimens,
les indications de localité, de date et d'habitat. De plus, lorsqu'on
partage la récolte d'une même plante entre plusieurs feuilles,
chacune doit porter son étiquette. Remettre à plus tard ce soin,
c'est s'exposer à des erreurs. Pour ce qui est de l'inscription des
noms de la plante, ce travail se fait généralement après
la saison d'herborisation.
III. LA CONSERVATION DES SPÉCIMENS.
Pour conserver les spécimens d'herbier, il faut les sécher sous presse. Chaque feuille contenant des plantes est placée entre des cartons-sécheurs ou des sections de journaux pliées en deux (fig. 4). Les paquets de plantes empilées sont ensuite soumis à une pression plutôt forte (fig. 5). Une caisse remplie de cailloux,

ou un poids quelconque, peut remplir l'office de presse. On peut encore placer le paquet entre des planches qu'on serre énergiquement au moyen de courroies. Un procédé ingénieux consiste en un levier formé d'une planche, plus longue que le paquet de plantes, et d'un poids (fig. 6).
Après un pressage d'une journée dans un endroit
sec, on étend les feuilles à l'air sans les superposer, ni les
ouvrir. Il faut prendre comme règle que la feuille qui contient les
spécimens doit rester fermée jusqu'à dessiccation complète;
autrement, les
spécimens se- déplacent et se froissent. Après une exposition
de trois à six heures, selon la température, on les replace
de nouveau sous presse avec des cartons-sécheurs secs. Les premiers,
trop chargés d'humidité, doivent continuer à sécher.
Le lendemain et les jours suivants, on recommence la même opération
jusqu'à.
ce que les plantes soient complètement sèches, ce que l'on reconnaît
lorsque les feuilles sont devenues cassantes.
Le secret pour bien sécher les plantes est de les sécher vite.
Ceci les empêche de jaunir ou de moisir. Dans les régions très
humides, ou lorsqu'on ne dispose que d'une réserve limitée de
sécheurs, on emploie le procédé dit du toasting, qui
consiste à utiliser toujours les mêmes sécheurs, préalablement
soulagés de leur humidité en les passant sur un poêle,
et placés très chauds entre les feuilles.
Le carton ondulé peut remplacer les cartons sécheurs ordinaires.
Dans ce cas, on suspend au-dessus d'un poêle légèrement
chauffé le paquet serré au moyen de courroies. Pour que l'air
chaud circule librement entre les feuilles, les cannelures du carton doivent
être dirigées verticalement. Ce procédé, très
rapide, exige une surveillance continuelle.
IV. LE MONTAGE DES SPÉCIMENS.
On monte les spécimens séchés sur du papier blanc assez fort. Les herbiers qui appartiennent à des cercles ou à des institutions doivent utiliser le format standard, soit 16 1/2 pouces de longueur par 11 1/2 de largeur. Quant aux collections d'amateurs, la fantaisie y a libre cours. On fixe les spécimens sur les feuilles au moyen de bandes de taffetas gommé, ou bien, ce qui est préférable, en les collant entièrement avec un mucilage clair. Dans ce cas, il ne faut pas déposer la colle directement sur les spécimens mais sur une surface plane, une plaque de verre, par exemple; la plante qu'on y place s'enduit de colle sur une de ses faces, et peut être ensuite fixée définitivement à la feuille de papier blanc. Après cette opération, on met les spécimens sous pression modérée pendant 24 heures, en ayant soin de placer du papier paraffiné entre les feuilles pour les empêcher de se coller l'une à l'autre. Ce travail terminé, on ajoute des bandes de taffetas gommé aux points qui adhèrent difficilement. On colle l'étiquette définitive dans un coin de la feuille, à droite préférablement, et, s'il y a lieu, des enveloppes non cachetées qui renferment' des graines.
N.B. - II est d'usage que les spécimens expédiés pour identification deviennent la propriété du laboratoire qui se charge de ce travail; aussi est-il avantageux de toujours faire les récoItes en double. Les identificateurs retournent simplement une liste portant les numéros d'ordre suivis des corrections.
10.000-15-4-32