La
Fleur Expliquée aux Tout-Petits
Tract #27 - 26 avril 1937
par
MARCELLE GAUVREAU
Université de Montréal
Mes enfants, le petit Jésus n'est pas toujours demeuré le bébé
rose que vous voyez dans la crèche. Il a grandi comme vous. . . Il
a eu cinq ans, puis vingt ans, puis trente ans, et il a été
un homme, comme vos papas! Mais c'était le meilleur de tous les hommes!
Jésus avait des amis, ses disciples, qu'il aimait beaucoup. Un jour, il était avec eux sur une haute montagne appelée le mont Thabor. Les oiseaux volaient, chantaient. Au bas de la montagne s'étendait une vaste prairie émaillée de fleurs. Jésus contemplait, tout autour de lui, le ciel bleu, la montagne verte, le champ doré. Et il dit à ses disciples: « Voyez les Lis des champs, comme ils sont beaux! En vérité je vous le dis, le grand roi Salomon, quand il met ses habits de velours tout brodés d'or, n'est pas aussi bien vêtu que l'un d'entre eux! »
Je suis sûre, mes enfants, que vous avez vu parfois, dans les vitrines des fleuristes, les Lis blancs ou Lis de Pâques. Le Lis porte une très belle fleur, en forme de cloche. La queue est verte: son vrai nom est pédoncule. La «cloche» que constitue la fleur et qui est soutenue par le pédoncule, se compose de six grandes «feuilles» blanches comme du lait et toutes semblables (fig. 1). Ces sortes de feuilles blanches se nomment pétales. Les pétales sont blancs chez le Lis, mais chez d'autres fleurs, ils peuvent être de toutes couleurs: roses, rouges, jaunes, bleus, mauves, violets. Il en est ainsi des robes des petites filles: elles ne sont pas toujours de la même couleur. Les pétales sont la robe des fleurs.
Le
Lis a six pétales: deux fois trois. Il existe un mot
pour désigner l'ensemble des pétales: le mot corolle. On dira:
cette fleur a une corolle blanche, celle-ci, une corolle rose, etc.
Si on enlève les pétales du Lis, on aperçoit au milieu,
dans le cœur de la fleur, six petites « tiges» blanches (les
filets) avec chacune deux petites « boîtes» au bout (les
anthères): Ce sont les étamines. Les petites boîtes, soudées
ensemble, sont comme la tête de l'étamine, et cette tête
est bourrée de petits grains de poussière jaune. Quand l'étamine
est mûre, les petites boîtes s'ouvrent d'elles-mêmes, et
les grains de poussière volent au vent. À cause de cette fine
poussière jaune, - appelée pollen, - il arrive parfois quelque
chose de bien drôle... En voulant respirer le parfum des fleurs (fig.
6), on se barbouille le nez!
Le Lis a six pétales; il a six étamines aussi. Au centre des étamines s'élève une petite colonne qui porte le nom de pistil. Le pistil entouré des étamines (fig. 1) est comme une petite darne entourée de six petits messieurs.
Les fleurs sont coquettes, mes enfants. Elles reçoivent très souvent des visiteurs, en particulier les papillons, qui viennent les voir parce que, dans le fond des fleurs, il y a souvent quelques gouttes de sirop (ou nectar). Les papillons ont la bouche munie d'une petite « pompe» spéciale (la trompe) qui se déroule à la façon d'un serpentin et qui leur permet d'aspirer le sirop. Ils sont très gourmands, les papillons, je vous assure! Les oiseaux-mouches, ainsi appelés parce que ce sont de tout petits oiseaux, recherchent aussi les fleurs. Il est très amusant de les voir s'ébattre au-dessus d'elles, puis, brusquement, plonger leur long bec jusqu'au fond de la corolle, et se gorger de sirop.
À part les papillons et les oiseaux-mouches, beaucoup d'insectes se promènent dans les fleurs. Les abeilles, entre autres, volent d'abord tout autour, en bourdonnant: Bzzz... Bzzz... Elles entrent dans la fleur; elles marchent sur les pétales; elles se frôlent sur les étamines. Un long silence. Que font-elles? Nous allons le savoir. Soudain, elles s'envolent lourdement avec une quantité de grains de pollen collés sur leurs ailes et sur leurs pattes. Savez-vous pourquoi? Ah! les gentilles abeilles! Elles transportent la poussière d'étamine dans leur ruche. Elles la mélangeront avec du miel pour en faire une espèce de bouillie qu'elles donneront à leurs petits. Ce sera délicieux!
Mais, attirées par les fleurs les plus voyantes, certaines abeilIes s'amusent en chemin. Imaginez-vous, mes enfants, que la petite madame qui se tient bien droite au centre des étamines, -le pistil, - porte un petit chapeau recouvert d'une sorte de gomme. Naturellement, la poussière d'étamine que les abeilles transportent, sans le faire exprès, sur leurs pattes et sur leurs ailes, tombe sur le pistil et se fixe sur la gomme (fig. 2). D'autres fois, la poussière jaune y est apportée par le vent. Or, le pistil est muni de deux renflements: l'un en haut (le stigmate), l'autre en bas (l'ovaire). Si la poussière d'étamine se colle en haut du pistil, le renflement de la base commence à se gonfler davantage. Les pétales se flétrissent et tombent; les étamines meurent. Il ne reste plus que le pistil, qui continue à grossir, à grossir tellement qu'il finit par se changer en fruit. Toutes les fleurs se changent ainsi en fruits.

Si
on coupe le fruit du Lis de haut en bas (fig. 2), on aperçoit
beaucoup de petits grains blancs rangés à la queue leu leu.
Ces petits grains fragiles, en mûrissant, deviennent les graines.
Vous savez à quoi servent les graines? Le jardinier les sème,
c'est-à-dire qu'il les met dans la terre (fig. 3). Il les arrose pendant
plusieurs jours. Un beau matin sort une toute petite tige, portant bientôt
des feuilles délicates (fig. 4). La tige s'allonge de plus en plus.
Laissez passer quelques semaines, et un jour, en visitant le jardin, vous
trouverez la plante fleurie. Vous vous rappellerez alors que cette grande
fleur (fig. 5), qui fait pousser des cris d'admiration, est sortie de la petite
graine déposée il y a longtemps dans la nuit de la terre. Dans
le cas des plantes sauvages, ce n'est plus le jardinier qui sème les
graines, mais le vent, les oiseaux, la laine des moutons, etc. Le soleil et
la pluie aident ensuite à faire germer la graine.
* * *
Voilà, mes chers enfants, l'histoire merveilleuse des Lis de Pâques, ces grands Lis blancs qui sont l'image de la pureté et de la candeur enfantines. Mais il est temps de vous dire que nos Lis sauvages ne sont jamais blancs. Ils n'ont rien à envier à leurs frères cependant, car ils sont vêtus, comme des rois, d'un riche costume jaune ou orangé, souvent parsemé de petites taches noirâtres ajoutant encore à l'éclat velouté des pétales. Le Lis du Canada (Lilium canadense L.), qui habite nos prairies humides, nous est particulièrement cher puisqu'il est l'emblême de tous les Cercles des Jeunes Naturalistes. Les feuilles de cette espèce sont remarquables par leur disposition en étoile autour de la tige (fig. 6). Sous le soleil de la Laurentie, le Lis du Canada déploie, au bout de très longs pédoncules, ses fleurs magnifiques et gracieusement penchées, recueillies comme pour une prière. Et nous ne pouvons les voir, ces fleurs, si royales et si belles parmi le peuple des fleurs de nos prés, sans que chante dans notre âme l'antique parole du Christ aux hommes: « VOYEZ LES LIS DES CHAMPS ! »
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