Les Couleuvres du Québec
Tract #26 - 26 avril 1937
par
FRÈRE ALEXANDRE, f.é.c.
Collège du Mont-Saint-Louis, Montréal

Les Couleuvres appartiennent à la famille des Colubridés. Ces Reptiles sont aglyphes, c'est-à-dire qu'ils ne possèdent pas de crochet à venin. Aucune Couleuvre, par conséquent, ne peut infliger de morsure venimeuse.

Le corps allongé des Couleuvres est recouvert d'une peau qui forme des replis nombreux donnant l'illusion qu'il est recouvert d'écailles. Ces écailles sont donc fausses. Quatre fois par année environ cette peau est rejetée au moment de la mue, et l'animal prend une livrée plus fraiche.

L'oeil à pupille ronde de la Couleuvre n'a point de paupière. Il est recouvert de la peau qui, à cet endroit, devient transparente. Les Couleuvres paraissent regarder fixement leurs proies; mais elles ne les fascinent pas pour les attirer, comme la légende le fait croire. Leurs narines sont représentées par deux petits trous placés un peu en avant des yeux. Le sens le plus développé chez la Couleuvre est, sans contredit, le sens du tact, dont l'organe principal est la langue. La langue de la Couleuvre est cette petite «lancette», que l'on voit sortir continuellement, et dont les personnes craintives ont tant peur. Cet organe est absolument inoffensif. Il est terminé en deux pointes souvent de couleur noire, et recouvert de nombreuses petites papilles qui en font un appareil tactile de premier ordre. Quand la langue est au repos, elle est logée à la mâchoire inférieure dans un fourreau arrondi qui la cache en grande partie.

La Couleuvre, qui n'a pas de membres, avance sur le sol au moyen de ses côtes, dont les extrémités appuient sur terre. Ces côtes très mobiles sont au nombre de plus de deux cents.

Les Couleuvres ont, sur les deux mâchoires, de petites dents coniques toutes semblables, dirigées d'avant en arrière. Ces dents servent uniquement à retenir les proies. La Couleuvre avale sa nourriture sans la mâcher. Quelques-unes d'entre elles tuent leurs proies avant de les déglutir, d'autres les prennent vivantes. La Couleuvre peut avaler des proies de dimensions beaucoup plus grandes que sa tête, car la mâchoire inférieure a la propriété de se diviser en deux parties à l'avant. Ces deux parties se décrochent ensuite de la mâchoire supérieure, à l'arrière. Le cou peut alors se distendre et laisser ainsi passer des proies d'un volume considérable. La Couleuvre ne possède qu'un seul poumon, l'autre étant atrophié.

La couleur de sa peau, qui se confond assez bien avec la couleur de l'habitat, protège la Couleuvre contre ses agresseurs. Si elle est saisie et malmenée, elle peut encore se défendre en laissant échapper de ses glandes anales un liquide nauséabond, qui repousse ses ennemis.

En hiver, les Couleuvres s'enfoncent dans des crevasses souterraines et s'y engourdissent. Cet hibernement dure jusqu'au mois de mai, dans notre province.

Les Couleuvres se reproduisent par des œufs; elles sont donc ovipares. Chez quelques-unes de nos espèces, les œufs se développent complètement dans le sein de la mère, et les petites Couleuvres viennent au monde vivantes; ces dernières espèces sont ovovivipares. Le nombre des œufs de chaque nichée varie avec les espèces et peut aller de cinq ou six à cinquante et plus parfois.

DESCRIPTION SOMMAIRE DES COULEUVRES DU QUÉBEC

CLEF DES ESPÈCES

Écailles carénées.
Plaque anale non divisée.
Écailles, 19 rangées; 3 raies jaunes (ou rouges).
COULEUVRE RAYÉE Thamnophis sirtalis sirtalis (1.)

Plaque anale divisée.
Écailles, 15 rangées; ventre rouge; dos brun.
COULEUVRE À VENTRE ROUGE Storeria occipitomaculata (Storer) Écailles, 17 rangées; ventre grisâtre; dos brun.
COULEUVRE BRUNE Storeria dekayi (Holbrook) Écailles, 23 rangées; ventre tacheté de noir et de rouge.
COULEUVRE D'EAU Natrix sipedon sipedon (1.)

Écailles lisses.
Plaque anale non divisée.
Écailles, 21 rangées; dos gris, taches brunes cernées de noir.
COULEUVRE TACHETÉE Lampropeltis triangulum triangulum (Lacépède)

Plaque anale divisée.
Écailles, 15 rangées; dos noir; collier jaune; ventre jaune (ou blanc).
COULEUVRE À COLLIER Diadophis punctatus edwardsii (Merrem) Écailles, 15 rangées; dos vert; ventre blanc verdâtre.
COULEUVRE VERTE Liopeltis vernalis (HarIam)

Les quatre premières espèees du tableau (à écailles carénées) sont ovovivipares; les trois autres (à écailles lisses) sont ovipares.

La Couleure rayée, d'un brun sombre, possède trois raies jaunes ou rouges, l'une dorsale, les deux autres latérales, tout le long de son corps. Sa longueur moyenne est de deux pieds. C'est la plus commune de nos Couleuvres. On la trouve un peu partout: sur le bord des ruisseaux, à la lisière des bois, près des marais.C'est la plus prolifique des Couleuvres; elle peut avoir jusqu'à cinquante petits à la fois. Elle se nourrit de grenouilles, de salamandres, de vers, qu'elle avale vivants. Jamais elle ne prend d'animaux à sang chaud.

La Couleuvre à ventre rouge montre une légère bande dorsale bordée de points bruns. Juste en arrière de la tête et sur chaque


côté du cou se remarque une petite tache jaune. Elle n'a ordinairement pas plus de dix pouces de longueur. Elle aime le sol des bois secs, et se plaît dans nos Laurentides au milieu des amas de pierres et de roches aplaties. Elle se nourrit à peu près exclusivement de vers de terre.

La Couleuvre brune, longue d'un pied environ, est marquée d'un point sombre sous chaque œil et de petites taches noires sur le bord de chaque écaille ventrale. Jamais on ne la voit près de l'eau. Ses habitudes terrestres l'entraînent souvent près des maisons, dans les jardins, près des vieux murs où elle trouvera abondance de vers.

La Couleuvre d'eau, ou « Serpent d'eau », vit beaucoup plus dans l'eau que sur terre. On la verra donc quelquefois suspendue à une branche de la rive, guettant une victime aquatique, poisson ou têtard, dont elle est friande. Sa peau est grise, tendant au noir, avec bandes transversales brun rougeâtre. Elle peut atteindre quatre pieds de longueur. D'humeur batailleuse, elle fait mine de se défendre quand elle est surprise, et peut même infliger à son agresseur une légère morsure non dangereuse. Elle est aussi très prolifique et donne le jour, à la fin d'août, souvent à une trentaine de petits.

La Couleuvre tachetée ou de lait (« Milk Snake» des États-Unis) a eu déjà la réputation de sucer le lait au pis des vaches. Cette légende vient de ce qu'on la trouve surtout au voisinage des granges, des étables, où elle cherche de petits animaux à sang chaud, souris, mulots, etc., dont elle se nourrit uniquement. A l'encontre des autres, cette Couleuvre s'enroule autour de sa proie, la tue, et l'avale ensuite. Elle peut mesurer trois pieds de longueur. Sa peau, de fort belle apparence, est gris blanc avec de belles taches brun olive cernées de noir.

La Couleuvre à collier a le corps noir bleuâtre sur le dos et jaune orange sur le ventre. Le petit collier blanc jaunâtre la fait tout de suite reconnaître. Elle est petite, un pied environ,et se cache dans les endroits humides; elle s'enroule sous les pierres dans les bois frais, sous l'écorce des arbres pourris. Elle vit de petits insectes, de vers, etc. Elle est peu commune.

La Couleuvre verte se rencontre surtout dans les prairies humides en bordure des bois. Elle est absolument inoffensive et se conserve bien en captivité, pourvu qu'on la nourrisse d'insectes, d'araignées, de chenilles. Sa taille ordinaire est d'environ vingt pouces.

Concluons. Nos Couleuvres ne sont pas venimeuses. À cause de leur régime alimentaire on peut dire qu'elles sont utiles. Les Couleuvres ont déjà suffisamment d'ennemis dans les oiseaux de proie, - les éperviers surtout, - les putois, les belettes, sans que nous en fassions nos souffre-douleurs.

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