Méthode de travail en minéralogie
par le Père Léo Morin, C.S.C.
Collège de Saint-Laurent
Principe général :
La minéralogie n'est pas seulement une douce manie de collectionner des choses bizarres. Elle est d'abord et surtout une science. Et, chez nos Jeunes Naturalistes, elle doit représenter une méthode progressive d'initiation à la connaissance des choses qui nous entourent.
Le collectionneur :
Une collection de curiosités lointaines, évidemment fournies par des parents ou des amis complaisants et présentées avec le seul souci de figurer, ou peut-être de décrocher un prix, en l'absence de concurrent plus sérieux, n'a aucune valeur. C'est le travail personnel de l'élève qui compte.
Les collections en commun, où chaque membre ajoute son apport au monceau, peuvent avoir du bon en certains cas, mais elles présentent le vice radical de tuer en quelques sorte l'intérêt qu'il faudrait justement susciter chez les élèves. En effet: "Ce qui est à tout le monde n'intéresse personne", dit le proverbe.
Pour encourager les chercheurs, de même que pour habituer l'enfant à prendre la responsabilité de sa signature, il est bon de joindre son nom à l'objet qu'il apporte. Cependant, une collection qui n'aurait pour toute identification que le nom de ceux qui y ont contribué, pourrait peut-être avoir quelque valeur dans un musée de souvenirs historiques, mais elle n'en a aucune, au point de vue scientifique.
Quoi collectionner ?
Maîtres et maîtresses ont dû lutter contre la persistance des élèves à ramasser, pour leur collection, des roches altérées et des cailloux roulés, qui peuvent bien attirer les regards par l'étrangeté de leurs formes, mais qui ne présentent aucun intérêt minéralogique. À part de très rares exceptions, ces deux classes de matériaux doivent être impitoyablement écartées.
Ce qu,il faut chercher, ce sont des roches présentant une cassure fraîche. L'aspect de la cassure est souvent caractéristique et permet un meilleur examen des constituants.
Il faut aussi choisir, autant que possible, des roches de la région. C'est au roc qu'il faut s'attaquer de préférence. On pourra quelquefois glaner parmi les débris de surface, à condition qu'il soit évident que ces débris sont bien "chez eux" et qu'ils font partie du paysage. Des pierres égarées, transportées on ne sait d'où ni comment, loin de la masse-mère, doivent être négligées.
Taille des spécimens.
Comme grosseur, le spécimen devra être taillé au marteau de manière à présenter une surface d'environ 5 centimètres. Trop petit, il serait difficilement identifiable (exception faite pour les cristaux que l'on doit prendre tels que la nature les a faits). Trop gros, il serait encombrant. Et, à moins qu'il ne s'agisse de représenter un ensemble, il n'y a aucun intérêt à se charger d'un matériel trop pesant.
Étiquetage.
C'est ici qu'apparaît le mieux le sérieux du collectionneur. Le seul but digne d'un véritable naturaliste, c'est de mieux connaître la nature qui l'entoure. Et la valeur de son travail se mesurera surtout à sa valeur documentaire, à la somme des connaissances qu'il en pourra tirer.
Toute pierre ramassée sur le terrain devrait être marquée d'un numéro, aussi indélébile que possible, de manière qu'elle ne puisse être confondue avec aucune autre.
Puis, sur un carnet de notes, on inscrira le nom de la localité. Si cette pierre ne se rencontre qu'en un endroit déterminé, il faudra indiquer cet endroit le plus précisément possible, de manière à pouvoir le retrouver au besoin.
Il conviendrait aussi de noter si c'est une roche de surface ou une roche des profondeurs, si elle forme la masse principale ou si elle est simplement un élément accessoire et isolé, et, dans ce cas, décrire la roche principale.
S'il est connu, le nom scientifique devra figurer en tête de l'étiquette. Si on ne le connaît pas, laisser tout bonnement l'espace en blanc et recourir, à l'occasion, au savoir d'un expert. N'importe quel spécialiste se fera un plaisir d'aider à nommer une pierre bien étiquetée. Par contre, il n'aura guère d'enthousiasme à travailler sur une collection que l'absence des notes mentionnées dépouillerait de toute valeur scientifique.
Cette étiquette, autant que possible, sera attachée à la boîte, ou collée dans le couvercle. Il est bien important de ne pas la perdre.
Classification.
On peut classer les pierres par localité de provenance. Ce mode ne saurait être trop recommandé. Il permettrait de dresser peu à peu l'inventaire de notre sol. Et nos modestes collections, si elles sont bien faites et bien conservées, pourraient servir de document précieux à des spécialistes et leur aider à se renseigner rapidement sur tel ou tel coin de notre pays.
On séparera ensuite les roches sédimentaires des roches éruptives. Pour les minéraux, grouper par exemple les silicates ou les carbonates. Pour les minerais, il conviendrait de réunir ceux qui fournissent le fer, le cuivre, etc.
Les bases peuvent en être nombreuses, mais de toute façon, la classification est très importante. C'est elle qui vivifie une collection, qui en fait autre chose qu'une sèche nomenclature et qui contribue à en faire pour l'esprit cette saine discipline qu'on appelle la méthode.
La présentation.
Une boîte jolie, artistique si l'on veut, rendra les pierres attrayantes, même pour les profanes, et suscitera peut-être des sympathies aux pierres, à condition qu,elle ne capte pas tout l'intérêt pour elle seule.
Pour le connaisseur, la boîte sera aussi simple que possible. Tiroir de meuble, boîte à compartiments, peu importe. Il suffit de conserver sûrement à l'abri de la poussière, les spécimens récoltés et la documentation qui s'y rapporte.
Fossiles.
La récolte des fossiles offre un champ presque inexploré encore par les Jeunes Naturalistes. Ces fossiles abondent pourtant dans toute la vallée du Saint-Laurent. Ce serait faire oeuvre utile que d'en recueillir le plus possible, avec une documentation semblable à celle que nous avons indiquée pour les pierres.
Honnêteté.
L'honnêteté doit être, pour l'homme de science, une chose sacrée. Souvent tel élève, en face d'une belle pierre qui figurerait bien dans sa collection, sera tenté de lui forger un document et de lui assigner une provenance quelconque. Cette tricherie, car c'en est une, ne doit être tolérée pour aucune considération.
De même, en essayant de présenter la collection de toutes les pierres d'une localité, si l'une d'entre elles manque, on doit laisser tout bonnement sa place vide jusqu'à ce qu'on l'ait trouvée.