Le pic doré


Qui ne connaît pas le pic doré, au moins pour l’avoir maintes fois entendu? C’est un de nos beaux oiseaux au coloris frappant, au chant très caractérisé et aux mœurs bien particulières. Vous en avez sûrement encore à apprendre sur le pic doré : pourquoi ne pas profiter de vos vacances, de vos congés… pour l’observer sérieusement et découvrir de nouveaux traits de sa vie? Inutile de courir loin pour rencontrer cet oiseau : on le retrouve partout, en ville comme à la campagne, dans les bois ou dans les champs, dans les fermes à proximité des bois, dans tout le Québec, sauf tout à fait au nord, ainsi que dans les Maritimes. Il hiverne même dans le sud de l’Ontario et du Québec.

Disons que le pic doré est un peu plus gros que le merle américain ; il est brun dans l’ensemble, mais le vol révèle la belle tache blanche sur le croupion, le doré du dessous des ailes et de la queue. La nuque d’un rouge vif tranche magnifiquement sur le gris du capuchon et du cou; de même la grosse bande noire sur la poitrine plus pâle. L’oiseau porte une moustache noire et une robe d’un blanc jaunâtre parsemée de taches noires.

Regardez-moi ce bec long et massif au bout carré : un vrai ciseau à bois. La masse qui frappe sur le ciseau c’est un crâne solide mû par des muscles puissants. Vous avez déjà entendu ces coups répétés et rapides du pic sur un poteau de téléphone, un tronc d’arbre, une vieille grange, martèlement que le silence des bois répercute en l’amplifiant : comment l’oiseau peut-il frapper de la tête avec une telle vigueur sans en être étourdi? Avez-vous une idée de ce que peut être le martèlement matinal d’un pic sur un toit de tôle quand vous êtes encore au lit à l’intérieur?

Pour grimper le long d’un tronc et s’agripper facilement à l’écorce, le pic est pourvu de deux doigts en avant et deux doigts en arrière, tous munis de longues et fortes griffes acérées. De plus, les rectrices de la queue sont courtes et constituées d’un tuyau très solide dont la pointe se prolonge au-delà des barbes : la queue sert de merveilleux point d’appui pour grimper et pour travailler du bec. Durant le vol la queue est étalée en losange. Le pic doré peut se déplacer de côté autour du tronc, mais il ne peut pas facilement reculer. Le vol du pic doré est nettement caractérisé : l’oiseau vole par à – coups dans un mouvement ondulatoire horizontal. L’envergure des ailes impressionne. Je vous laisse le soin d’expliquer, à la suite d’observations attentives, ce déplacement ondulatoire qui rappelle le vol du pinson et du chardonneret.

Le chant, également, impressionne beaucoup; il est bruyant, plutôt monotone; on dirait qu’il exige un effort considérable de la part du chanteur. L’intensité du chant est plus faible au début et à la fin de la tirade. Vous avez une bonne idée de ce chant en répétant plusieurs fois le nom anglais du pic doré : FLICKER – FLICKER – FLICKER. Est-ce pour se reposer que le pic entrecoupe son travail de perforation d’un tronc par quelques roulades sonores? Naturellement. Le chant revêt toute sa splendeur à l’époque des noces printanières. C’est aussi une façon pour le pic de signifier son droit de possession du territoire qu’il a choisi.

Notre pic doré est insectivore. Quand il sonde l’écorce à coups de bec, c’est pour repérer quelques larves installées dans une galerie du tronc sous l’écorce : par le trou qu’il a pratiqué, le pic va chercher sa proie au moyen de sa langue très fine, de beaucoup plus longue que le bec et terminée par une pointe cornée gluante et garnie de poils raides dirigés vers l’oiseau : instrument merveilleusement efficace pour soutirer dans sa retraite l’innocente proie.

Saviez-vous que le pic doré mange plus souvent sur le sol que dans les arbres? Il descend dans les champs, en quête d’insectes et tout particulièrement de fourmis. C’est un fourmilier chevronné qui peut engloutir jusqu’à 5 000 fourmis en un seul repas! Imaginez alors quel service il rend à l’agriculture et à la forêt! Le pic complète volontiers son menu avec de petits fruits.

Le pic revient nicher dans son ancien trou : un arbre mort ou vivant, un poteau de téléphone ou de clôture, une grange, une falaise, parfois une boîte qu’on lui offre. Le fond du nid y est couvert d’une bonne épaisseur de copeaux; le pic y pond de 6 à 9 œufs blancs et brillants. Après 11 ou 12 jours d’incubation à deux, les oisillons naissent tout nus. Les parents les nourrissent d,une bouillie de fourmis qu’ils régurgitent. Au bout de deux semaines, les petits pics doivent se débrouiller seuls et acquérir assez de forces pour la migration de septembre.

Il faut être patient pour réussir à voir de près un pic doré; c’est un oiseau craintif qui s’envole bien avant que vous soyez proche ou bien il disparaît derrière le tronc d’arbre. Quand il est au sol, il surveille constamment les environs en se dressant au-dessus des herbes et vous le faites lever la tête plus tôt que vous ne le vouliez, même avant que vous l’ayez repéré. Une longue-vue s’avère très utile pour observer un pic doré.

Oiseau sympathique qui vit au grand bois aussi bien qu’au voisinage de l’homme tout en se tenant à distance, le pic doré mérite notre protection sans aucune restriction, car, en plus d’agrémenter notre séjour, il joue un rôle très actif dans le maintien de l’équilibre naturel.