Une jolie libellule qui pourrait devenir l'insecte-emblème du Québec
Ami naturaliste,
Je me propose aujourd,hui de te présenter parmi nos libellules, une demoiselle Calopteryx maculata, dont on a soumis la candidature pour qu’elle devienne l’insecte-emblème du Québec. Le mot Calopteryx signifie belles ailes et le terme maculata, tachetées.
Pour voir ce magnifique insecte, tu dois trouver un cours d’eau, soit un ruisseau ou une petite rivière et t’y rendre au cours des mois de juin et de juillet par une belle journée ensoleillée. En arrivant sur les lieux, tu seras surpris et émerveillé de découvrir un des plus beaux insectes de notre faune.
C’est une créature au corps gracile et très allongé où le vert métallique se marie parfois au jaune et au bleu métallique. Les ailes noires des mâles rutilent elles aussi au soleil. Celles des femelles, de coloration brunissante, arborent également une petite tache blanche qui les distinguent de leur partenaire de sexe opposé. On dit que leur vol ressemble à celui de certains papillons de la famille des Satyridae.

Si tu prends le temps d’observer ces demoiselles, car elles se tiennent souvent en groupe, tu verras qu’elles semblent affairées à une activité primordiale, la reproduction. Et là, ces petites merveilles égalent et dépassent peut-être tout ce qui existe d’insectes et d’araignées pour ce qui a trait à la complexité de leur comportement reproducteur. Des chercheurs ont même identifié 14 types de comportements différents, ou disons 14 séquences clairement observables entre le moment où un mâle courtise une femelle et la fin de la ponte par celle-ci.
À tous les jours, les mâles doivent prendre possession d’un territoire le long du cours d’eau et le défendre avec âpreté. Ce territoire doit avoir un perchoir, branche ou feuille surplombante, où le propriétaire peut balayer du regard son domaine d’élection, et au moins un site de ponte constitué de plantes aquatiques ou de débris immergés.
En pleine possession de son territoire, le mâle doit attirer les femelles. Pour ce faire, il déploie tout un arsenal de mouvements, vols, pirouettes aériennes, tentatives de saisies de la femelle convoitée…
Les poursuites effrénées entre mâles deviennent de véritables danses de ballet pour l’observateur humain décontenancé et ébahi devant de telles manifestations d’un amour gracieux et déterminé.
Que penser du fait que des mâles, n’ayant pu s’adjuger un territoire, peuvent mordiller les ailes d’une femelle pour l’inciter à quitter le territoire d’un autre mâle et parvenir à s’accoupler… Ce rapt, ce vol, ce subterfuge a été observé…
Toute cette activité fébrile n’a qu’un but, on le sait, assurer une descendance et la survie de l’espèce au ruisseau. La femelle pond sur du tissu végétal juste en dessous de l’eau. Avec son ovipositeur, muni d’une structure coupante, elle perce le tissu des plantes aquatiques et y insère les œufs. De ceux-ci sortent des larvules qui vivront dans l’eau du ruisseau pendant un an, plus ou moins avant de se transformer en adultes.
La vie des larves semble beaucoup moins spectaculaire. Le jour, elles se réfugient parmi les racines surplombantes qui se déploient sous l’eau, se faufilent sous les branches mortes et les débris immergés. La nuit, elles déambulent gauchement sur le fond vaseux ou boueux, le bout de l’abdomen relevé et tâtant les environs avec leurs grandes antennes espérant trouver la nourriture qui les sustente. Au cours de leurs promenades nocturnes, elles peuvent devenir la proie d’autres larves de libellules plus grosses.

Je viens de te donner un aperçu de la vie de notre futur insecte-emblème, peut-être … Qui sait? Cela va dépendre des votes de chacun de nous.
Cette petite fenêtre que je t’ai entrouverte sur la vie de Calopteryx maculata ne doit pas cacher le fait que la vie de chaque espèce d’insecte de notre planète pourrait probablement faire l’objet d’un gros livre. La vie des insectes est loin d’être aussi primitive et dénuée de complexité qu’on ne le croit généralement…
En terminant, je te confie que deux personnes, aujourd’hui des entomologistes (spécialistes des insectes) de carrière, m’ont dit que c’est la vue du Calopteryx maculata au bord d’un ruisseau qui a éveillé leur intérêt pour l’étude des insectes.