Le rat musqué: comme un poisson dans l'eau

Par temps doux, l'hiver, on peut voir un petit animal grassouillet s'aventurer sur la glace. C'est le rat musqué qui sort prendre une bouffée d'air frais. Sa promenade ne dure pas longtemps et il rentre vite chez lui, sous la glace, hors de la vue du vison, son pire ennemi.

Le rat musqué a beaucoup de points communs avec le castor. Tout deux sont des rongeurs qui construisent des huttes dans l'eau. Même leur queue plates et écailleuses se ressemblent. Celle du castor est aplatie horizontalement, celle du rat musqué, verticalement. Comme le castor, le rat musqué claque sa queue sur l'eau lorsqu'il se sent en danger. Malgré toutes ces ressemblances, le castor et le rat musqué ne sont que des cousins éloignés. Le rat musqué est plus proche parent des campagnols et des lemmings. Sa taille, 50cm du museau au bout de la queue et son poids, environs 1 kg, en font le géant de sa famille.

Le rat musqué ne construit pas sa maison n’importe où. Il aime bien les étangs ou les cours d’eau à faible courant. L’eau doit y être assez profonde pour qu’il puisse nager sous la glace l’hiver, mais pas trop, pour que puissent pousser les plantes aquatiques dont il se nourrit.

Lorsqu’on aperçoit un gros tas d’herbe au milieu d’un étang, c’est probablement la hutte d’un rat musqué, les travaux de construction commencent au mois d’août en prévision de l’hiver. Le rat musqué fabrique d’abord une butte de boue et de plantes aquatiques qui s’élève au dessus de la surface de l’eau. Il plonge ensuite et creuse un tunnel depuis le fond de l’eau jusqu’à l’intérieur du monticule. Au dessus du niveau de l’eau, il s’aménage une chambre douillette. Prudent, il creuse ensuite une sortie de secours qui débouche sous l’eau. Il retourne à la surface et consolide les murs de sa hutte avec de la boue et des plantes.

Lorsque plusieurs rats musqués cohabitent, leur hutte s’agrandit et comprend plusieurs chambres avec sorties individuelles, comme un motel.

Au milieu de l’eau, la hutte est à l’abri des ennemis et nos amis peuvent y passer l’hiver en paix. Contrairement à la marmotte qui hiberne, le rat musqué reste actif toute l’année. On ne le voit pas beaucoup, car il passe presque tout son temps sous la couche de neige. Après que la glace se soit formée à la surface de l’eau, le rat musqué bâtit plusieurs postes d’alimentation autour de sa maison. Sous l’eau, il gruge la glace et perce une ouverture qu’il recouvre d’un dôme de plantes aquatiques. C’est dans ces snack-bars qu’il s’installe pour manger et prendre un peu de répit.

Au printemps, l’eau qui monte détruit souvent les huttes. Notre bâtisseur se creuse alors un terrier le long de la berge. Dans certains cas, il garde cette maison toute l’année. Il accède à sa chambre tapissée de mousse par un passage dont l’entrée est sous l’eau. C’est évidemment un nageur de haut calibre. Ses grosses pattes de derrière le propulsent jusqu’à 5 km à l’heure et sa queue lui sert de gouvernail. Lorsqu’il est détendu, il peut rester 15 minutes sous l’eau : son cœur bat alors moins vite et ses muscles décontractés réclament moins d’oxygène. Sa fourrure, épaisse et intermédiaire l’aide à flotter et le tient bien au chaud. C’est d’ailleurs pourquoi les humains s’en font des manteaux.

La quenouille est l’aliment préféré du rat musqué. Sous l’eau il ronge les tiges et les ramène à la surface pour les manger. Pour nous, les humains, il serait impossible de gruger sous l’eau sans en avaler. Le rat musqué lui, est bien équipé pour le faire. Ses lèvres peuvent se fermer derrière ses dents du devant, les incisives lui permettant de ronger sans avaler d’eau. En plus, il a un pince-nez et des bouchons à oreilles : sous l’eau, de petits volets de peau se referment sur ses narines et ses oreilles. L’eau ne peut donc pas y pénétrer.

Les rats musqués ont des familles nombreuses. Chaque femelle accouche de 2 à 3 portées par été. Jusqu’à 11 petits bébés dénudés peuvent naître en même temps. Le vison raffole de la chair tendre et rouge des petits rats musqués. Il pénètre, dévore petits et grands et détruit tout sur son passage.

Hors de la maison du rat musqué, le raton-laveur, le coyote, le loup, le renard et les oiseaux de proie s’y attaquent à l’occasion de même que le grand brochet et la tortue, qui partage son habitat aquatique.

Sa fourrure chaude et lustrée qui se vend bien en fait une victime désignée du trappeur, son principal prédateur.

Isabelle Monpetit