Plantes bulbeuses printanières


Les bulbes représentent encore pour plusieurs un monde à la fois merveilleux et complexe. Ce feuillet veut éclairer nos jeunes lecteurs et leur permettre d'apprivoiser ces fleurs fascinantes qui ont nom de tulipe, narcisse, jacinthe, etc.

Qu'est-ce qu'un bulbe? On attribue ce nom le plus souvent à tout organe charnu, souterrain, contenant des réserves nutritives et assurant la survie de la plante après la chute des feuilles et durant la période hivernale.

On ignore, cependant, que ces bulbes contiennent à l'état embryonnaire tous les organes futurs de la plante comme les fleurs et les feuilles; de plus, on a tendance à confondre les véritables bulbes des rhizomes et des tubercules. Le plus souvent, on désigne à tort tous ces organes sous le nom "d'oignons".

Voyons de plus près ces différents organes et leurs caractéristiques propres:

a) les bulbes: le bulbe véritable se compose, à sa base, d'un plateau qui est une tige courte, tassée, sur laquelle sont portées des écailles ou tuniques serrées les unes contre les autres. Ces tuniques remplacent les feuilles et sont chargées de réserves alimentaires. Au centre de ces tuniques, sur le plateau, se trouve un bourgeon central qui, soumis à certaines températures, se transormera en feuilles et en fleurs. Les racines viennent sous le plateau et servent à réalimenter le bulbe à même les minéraux du sol (fig. 2).

En une phrase, le bulbe est une partie de la tige, réduite et gonflée de réserves nutritives; exemples: tulipe, jacinthe, lys, narcisse, amaryllis, muscari, etc. (voir fig.1 et 14).

b) les rhizomes: ce sont des tiges souterraines, gonflées de réserves et souvent confondues avec les racines. Les rhizomes portent: a) des bourgeons ou "yeux" assurant la croissance des feuilles et b) des racines puisant la nourriture du sol.

Le rhizome est donc une tige transformée: exemples: iris, canna, muguet, etc. (fig. 3)

c) les cormus: quoique d'apparence extérieure semblable au bulbe, le cormus est un rhizome dressé. C'est donc une tige souterraine transformée; exemples: glaïeul, crocus (fig. 8), freesia, etc. (fig. 4)

d) les tubercules: c'est une partie de rhizome (tige souterraine) ou de racine, renflée et contenant des réserves nutritives. On trouve aussi, sur les tubercules, des bourgeons (ou yeux). On multiplie les plantes tubéreuses en sectionnant une partie du tubercule avec un oeil; exemple: begonia tubéreux, pomme de terre, etc. (fig. 5)

N.B.: Le cana (fig. 6) est un rhizome tubéreux, alors que le dahlia est une racine tubéreuse (fig. 7).

Les tulipes

La tulipe demeure la reine incontestée de notre éphémère printemps. Seules les tulipes et, à un degré moindre, les narcisses présentent par leur floraison tardive un intérêt véritable pour le jardinier-amateur au Québec. Le printemps hâtif et prolongé d'Europe (fin février au mois de mai) voit fleurir successivement perce-neige, scille, muscari, crocus, jacinthe, narcisse et tulipe. La culture de la plupart de ces espèces au Québec où le printemps ne démarre vraiment que vers la mi-avril s'avère souvent décevante. La tulipe répond parfaitement aux exigences de notre climat par sa rusticité. De plus, elle suscite l'intérêt par la diversité de ses formes, de ses couleurs et de ses tailles.

a) D'où viennent les tulipes?
Comme la plupart des plantes bulbeuses, les tulipes sont importées de Hollande qui est le fournisseur mondial des bulbes. Les Hollandais cultivent les tulipes non pour la fleur (qu'ils jettent le plus souvent), mais pour la production de bulbes. Les sols limoneux de Hollande, entrourés de canaux, sont propices à la culture des bulbes-mères, des bulbilles (ou caïeux) qui sont plantées en ligne à raison de 100 000 à l'acre.

Les bulbes se développent pour atteindre au bout de 3 ans un diamètre de 3 à 3,5 cm. Arrachés à la charrue, triés et calibrés automatiquement, les bulbes sont remisés dans des hangars chauffés jusqu'au moment de la vente. Ce traitement à la chaleur favorise la formation des ébauches florales dans le bulbe. Rendus à ce stade, les bulbes sont vendus dans le monde entier et prêts à être plantés.

b) Races et variétés de tulipes.
Les tulipes sont divisées en plusieurs races variant selon la hauteur, l'époque de floraison et la forme de la fleur. Toutes ces races proviennent de tulipes sauvages ou botaniques transformées par l,homme au cours des années. Plus l'époque de floraison est hâtive, plus la tulipe est trapue. Le Jardin Botanique de Montréal possède une section où fleurissent chaque printemps quelques variétés des races suivantes: Fosteriana, Hâtives simples, Hâtives doubles, Mendel, Triomphe, Darwin, à fleur de lys, Cottage, Breeder, Rembrandt, Greegii. Les races soulignées plus tardives, sont à recommander et parmi celles-ci vous pouvez sélectionner les variétés suivantes:

TABLEAU Races Variétés
Fleurs jaunes Darwin
Fleurs de Lys
Cottage
"Golden Age" "Sweet Harmony"
"Golden Duchess" et "West Point"
"Mrs S.J. Schrepeers"
Fleurs rouges Darwin
Fleurs de Lys
"Wxford", "Red Pitt"
"Queen of Sheba"
Fleurs blanches

Darwin
Fleurs de Lys

"Zwanenburg", "Glacier"
"White Triumphator"
Fleurs roses

Darwin

Fleurs de Lys

"Pride of Zwanenburg"
"Queens of Bartigons"
"Mariette"
Fleurs roses et jaunes Cottage "Dido"
Fleurs oranges Breeder "Dillenburg"

De plus, depuis quelques années s'ajoutent des nouveaux cultivars telle la tulipe pluriflora. Celle-ci, contrairement aux tulipes classiques, forment un bouquet de fleurs en haut de sa hampe florale. Elles produisent un très bel effet en massif. Un exemple de ce type de tulipe est la variété "Georgette".

c) Plantation à l'extérieur et entretien
Les bulbes de tulipes sont mis en terre au mois d'octobre à une profondeur de 8-10 cm (comme règle générale pour les bulbes plantez-les à une profondeur équivalente à 3 fois leur diamètre). Choisissez uniquement les gros bulbes non avariés et plantez-les à tous les 25 cm. Les bulbes vont bien dans les plates-bandes d'annuelles; dans ce cas, vérifiez la date de floraison, de même que la hauteur et utilisez des variétés aux couleurs vives (rouge-jaune-blanc-rose) en contraste. Les bulbes sont plantés à profondeur et distance égales (fig. 9).

Utilisez pour vous aider un corbeau à chaque ligne de plantation. On peut aussi planter les bulbes par taches irrégulières (9 à 15 bulbes) dans les pelouses du jardin ou dans les rocailles; dans ces deux derniers cas, utilisez les races plus hâtives comme les Hâtives simples, les Triomphe, les Mendel. (fig. 10)

Enlevez la hampe florale après la floraison pour éviter d'épuiser le bulbe. On peut alors:

1- laisser sécher les feuilles sur place durant une semaine permettant aux réserves contenues dans le feuillage de retourner dans les bulbes; enlever les feuilles en laissant le bulbe en terre, niveler la plate-bande et y enfouissant du fumier décomposé et planter les annuelles au-dessus des bulbes.

2- enlever les bulbes avec leurs feuilles et les faire sécher dans un coin du jardin ou dans une cave durant une semaine. Puis, nettoyer les bulbes en enlevant la terre, les racines et les feuilles et les remiser jusqu'à l'automne dans un endroit frais à 4 degrés celsius.

d) Forçage des tulipes (fig.11)
Choisissez les gros bulbes des races suivantes: Mendel, Darwin, Cottage; placez 6 à 8 bulbes dans un pot (15-20 cm) en terre cuite ou autre dans un mélange de terre comprenant: terre arable (3 partie), mousse de tourbe (2 parties) et sable (1 partie), en prenant soin d'ajouter quelques tessons ou pierres au fond du pot (fig 11). Fixez bien les bulbes dans le pot de façon à ce que la partie supérieure du bulbe affleure le niveau du sol. (fig. 13). Couvrez les bulbes de terreau et arrosez avec un jet très fin. Mettez les pots dans une cave obscure à 2-5 degrés celsius jusqu'en janvier-février; durant cette période, les racines envahissent tout le volume de terre du pot et soulèvent même les bulbes alors que les premières feuilles (blanches, faute de chlorophylle) pointent frêlement vers l'extérieur. C'est à ce moment que débute le forçage proprement dit; les bulbes sont entrés en appartement ou en serre et adaptés progressivement à la lumière et à des températures plus élevés, jusqu'à la floraison qui survient 4-5 semaines plus tard. Au début, placez les pots dans un placard ou couvrez-les d'un plastique noir à 10 degrés celsius durant qulques jours jusqu'à l'apparition du bouton floral; puis augmentez la température à 15 degrés celsius et donnez un peu de lumière durant quelques jours. Exposez alors en plein soleil à une température de 20 degrés celsius jusqu'à la floraison. Évitez que les fleurs subissent un rayonnement direct; exposez-les à la lumière indirecte. Les techniques de forçage et de culture extérieure décrites pour les tulipes sont identiques pour les narcisses et les jacinthes. (fig. 11, 12 et 13). Les narcisses sont disposés en grands massifs irréguliers ou en groupe dans la pelouse; il fleurissent en avril et les variétés suivantes sont à recommander: "King Alfred" (jaune), "Unsurpassable" (jaune), "Mount Hoode" (blanc), "Music Hall" (blanc et jaune).

Une expérience à tenter:

Forçage d'une jacinthe sur carafe d'eau.

Pour voir se développer sous vos yeux les racines d'un bulbe, ses feuilles et ses fleurs, tentez cette expérience facile qui fera l'admiration de tous.

À l'automne, placez un bulbe de jacinthe bien gros sur une carafe remplie d'eau de pluie de sorte que la partie inférieure du bulbe (ou le plateau) affleure le niveau d'eau. Mettez la carafe dans un local frais et sombre à une température de 4 degrés celsius jusqu'à ce que les racines atteignent le fond de la carafe; placez alors celle-ci dans une pièce chauffée à 18 degrés celsius le jour et à 10 degrés celsius le soir, en la recouvrant d'une feuille de plastique noir pour conserver les jeunes pousses à l'obscurité; ajoutez de l'eau au besoin pour maintenir le niveau; dès que les feuilles atteignent 10 cm la carafe est mise en pleine lumière.

La floraison se produit au bout de 3 semaines. Vous serez alors tout fier d'enseigner cette technique à vos camarades de classe et même à votre professeur...

La même expérience peut être faite en disposant plusieurs bulbes (3-5) de jacinthe côte à côte dasn un récipient plus bas, à large col, et rempli de mousse humide.

Dans ces 2 derniers cas, les bulbes ne sont plus récupérables, car la floraison et l'absence d'éléments minéraux dans le substrat (eau ou mousse) les ont complètement épuisés.

Une observation à faire:

Si vous pouvez disposer d'un bulbe de tulipe, coupez-le en deux de haut en bas, par le côté, en évitant soigneusement de briser les pièces du centre; vous découvrirez toute la tulipe en miniature: les feuilles, la hampe, la fleur dont vous distinguerez facilement toutes les parties. Une vraie merveille! Une fois le bulbe coupé en deux, examinez le plateau et constatez comment les tuniques du bulbe sont fixées au plateau. Ce serait une excellente idée de dessiner cette coupe du bulbe et d'indiquer le nom des parties.

Un problème à résoudre:

Si vous enlevez les tuniques du bulbe avant de le faire germer, est-ce que le résultat serait le même? Les feuilles et la fleur se développeraient-elles? Pourquoi?

Tu peux consulter:

Charton-Saucède, L., Faloci, A. et M. Loppé, 1985.
L'Apprenti Jardinier, éditions du Trécarré: Saint-Laurent, 63 p.
Underwood Crocket, J., 1977, Plantes bulbeuses,
Éditions Time-Life, 160 p.

Pierre Bourque