Une chronique sur la vie et l'étude des insectes.
Le naturaliste qui veut faire une incursion dans le monde des insectes entre dans un univers extrêmement vaste et complexe. Il peut se sentir perdu devant un nombre aussi astronomique d'êtres vivants à découvrir, puis à étudier. La biomasse d'insectes sur la planète terre est pour moi une réalité qui force l'admiration. Certains, à juste titre, s'émerveillent de la constellation d'étoiles qui scintillent au-dessus de nos têtes. L'univers des insectes est peut-être plus impressionant encore.
Pour éviter le découragement et l'éparpillement, il faut orienter son intérêt pour les insectes, élaborer de petits projets réalisables suivant le temps dont on dispose. Je me propose, dans la présente chronique, de donner des idées, de fournir des renseignements et d'offrir des suggestions à ceux qui veulent explorer le monde des insectes. L'abondance des insectes dans la nature ne doit pas être une source de découragement, mais plutôt un défi à relever. Il suffit de circonscrire l'objet de ses recherches, d'organiser ses activités, de limiter ses choix.
Chronique 1: Insectes sur les verges d'or.
Je m'adresse à toi, lecteur, qui veut commencer l'étude des insectes. Je te propose un premier projet. Nous sommes au mois de septembre. Les champs sont couverts de fleurs jaunes. Il domine littéralement le paysage. Il te faut apprendre à reconnaître les Verges d'or. Au Québec, le mois de septembre, c'est celui des Verges d'or et des Asters.
Ton projet consistera à observer et à étudier les insectes sur les Verges d'or. Tu peux découper ton projet en plusieurs sous-projets: par exemple, insectes qui viennent aux fleurs, qui se trouvent sur les tiges, sur les feuilles, insectes qui vivent au niveau du sol ou encore au sommet des tiges sur les inflorescences. Il y a encore des insectes qui forment des galles ou qui se nourrissent de parties de la plante.
Si tu te lances dans ce projet, tu seras peut-être surpris de constater le nombre d'espèces d'insectes liées aux Verges d'or. L'étude et l'observation des insectes sur cette espèce de plante te donneront sans doute un preimer aperçu de l'abondance des insectes dans la nature. Tu seras en mesure d'observer des papillons, des mouches, des guêpes, des abeilles, des punaises, des fourmis, des coléoptères et quoi encore...
Je te suggère de monter une collection disons de cinquante insectes ou plus trouvés sur des Verges d'or et de les classer dans ta boîte selon les formes que tu observes en les regardant attentivement, sans consulter de livre. Si tu fais bien cette deuxième phase du travail, tu seras peut-être ravi de constater que ta classification n'est pas loin de cette obtenue en consultant les manuels d'entomologie qui te présentent une classification scientifique des ordres d'insectes connus. Si tu ne veux qu'observer les insectes, tu devras retourner souvent au champ pour les observer sur les Verges d'or. Pour fixer les formes des insectes dans sa mémoire, il faut les examiner attentivement plusieurs fois. L'achat d'une loupe, grossissement X 10, est très utile sur le terrain. Elle coûte de 15 à 50 dollars. Consigner ses observations dans un calepin de notes est important.
Dans une chronique, ultérieure, je vais essayer de donner de l'information sur la collection d'insectes et mentionner les étapes de la constitution d'une collection avec le matériel nécessaire pour monter des insectes. Bonnes observations et bonne chasse.
Chronique 2: Une collection d'insectes...
À cause du nombre d'insectes dans la nature, de la diversité de leurs formes et apparences et du sentiment qu'on a d'être dépassé par une telle surabondance, la façon traditionnelle d'entreprendre l'étude des insectes est la constitution d'une collection. Cette façon de faire peut apparaître surannée (démodée) de nos jours face aux appels parfois désespérés des protecteurs de l'environnement et de personnes hypersensibles au sort réservé aux êtres vivants de notre planète. Je suis sensible à leurs émotions et au désespoir de certains.
Il est important, cependant, de garder à l'esprit que la vaste majorité des insectes que nous observons meurent rapidement victimes de prédateurs et de parasites de toutes sortes et qu'une simple coupe de gazon, à la tondeuse ou autrement, produit souvent une hécatombe parmi les insectes qui s'y trouvent. Les quelques centaines aux quelques milliers d'insectes qui apparaissent dans les boîtes de collection, récoltés souvent pendant des années, constituent une infime partie de la biomasse des insectes qui vivent et meurent dans la nature chaque années.
Le naturaliste doit cependant adhérer à un code de conduite face aux collections d'insectes que je résume comme suit: ne pas faire mourir d'insectes si l'on n'a pas vraiment l'intention de les étudier sérieusement, ne récolter que le nombre dont on peut entreprendre l'étude de façon sérieuse et réaliste, tout faire pour ne pas détruire l'habitat et le microhabitat, garder en vie les espèces communes lorsqu'on a déjà quelques représentants d'un site donné, ne prélever qu'un petit nombre de spécimens d'une espèce rarement trouvée quand on peut s'assurer par l'observation sur le terrain que d'autres individus continueront à peupler le site après son départ et enfin utiliser des méthodes de mise à mort rapide qui ne prolonge pas inutilement les souffrances des insectes récoltés.
La constitution d'une collection d'insectes comprend quatre étapes: la recherche et l'observation d'insecte, leurs récoltes, leur traitement chez soi ou en laboratoire et leur mise en collection.
Raymond Hutchinson, septembre 1997